20/09/05

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Peu à peu, Béryl devint la conseillère privilégiée de Luchino. Très pris par sa carrière, il n’avait pas le temps de gérer ses sous lui-même, il était bien content de pouvoir se décharger totalement de cet aspect de sa vie sur quelqu’un d’autre. Souvent, après avoir fait le point avec lui, Béryl restait chez les Songedété pour le dîner en famille. Comme tous les lutins, Luchino est un garçon qui a du savoir-vivre, il n’imaginait pas la ficher dehors juste après qu’ils aient refermé les classeurs de comptes. D’autant qu’il avait envie de devenir son propre producteur pour pouvoir faire les films qui lui plaisaient et ça coûtait des sous. Béryl l’aidait à trouver des financements et il trouvait normal de ne pas la laisser repartir le ventre vide. C’était l’occasion pour elle de discuter avec Puck et Hermia et de leur expliquer ce qu’elle faisait pour Luchino, comment elle gérait ses sous, afin qu’ils ne se fassent pas de souci. Elle tenait à avoir leur confiance à eux aussi.

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Béryl avait-elle combiné ce qui se passa ensuite ou fut-elle sincère ? Toujours est-il qu’elle se débrouilla pour devenir sa confidente dans tous les domaines. Comme tous les comédiens, Luchino est quelqu’un de sensible, angoissé, toujours en quête de succès et doutant facilement de lui-même aux périodes cruciales, c’est-à-dire avant la sortie d’un nouveau film : « Est-ce que ça va plaire ? Que va-t-on penser de moi ? ». A chaque visite, Béryl profitait du temps passé avec lui pour le faire parler... Les mauvaises langues, toujours elles, dirent que c’était pour le mettre dans sa poche, qu’elle n’était qu’une manipulatrice, tout ça pour arriver à….

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… A ça. Un jour, Hermia les trouva en train de s’embrasser au milieu du salon. Oh ! Juste à côté de la fenêtre, où le jardinier pouvait les voir, et puis quoi encore ? Et puis pourquoi pas devant la porte, tant qu’il y étaient ? Il y avait toujours un paparazzo collé derrière le portail, il serait aux premières loges ! A croire que Luchino était devenu fou. Ou plutôt imprudent. Forcément, c’était à cause de cette fille ! Cette Béryl ! Celle-là, elle se croyait vraiment tout permis ! Après les chiffres du compte en banque, elle voulait le bonhomme tout entier ! Mais dans quel but ? Hermia sentit qu’elle n’était pas loin de voir rouge, aussi rouge que les cheveux de la fille. Après ce qui s’était passé avec Yoyo (euh, avec Benvolio), elle conclut aussitôt que Béryl avait remis ça avec son propre fils. Ma qué ! Qué scandalo ! ça n’allait pas se passer comme ça !

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Hermia tenta de raisonner son fils. Elle n’aimait pas du tout la tournure que prenaient les choses. Selon elle, Luchino filait un mauvais coton, prenait des risques avec cette fille ! C’était fort malvenu, alors qu’il entamait une nouvelle phase de sa carrière d’artiste ! Il ferait mieux de se concentrer sur ses projets au lieu de perdre son temps avec Béryl ! 

- Tu sais bien que tout ce qu’elle veut, c’est ton argent, assura Hermia. C’est le genre de fille dont les relations sont forcément intéressées. Elle a commencé par ton cousin, elle continue avec toi. C’est la preuve qu’elle n’a pas changé malgré ce qu’elle prétendait. Sinon, au lieu de s’attaquer à toi, elle se serait trouvée depuis longtemps un gentil mari avec qui elle vivrait tranquillement. Elle n’aurait pas eu besoin de s’accrocher ainsi aux gens qui pouvaient servir ses ambitions. Débarrasse-toi vite d’elle et trouve-toi quelqu’un qui t’aimera pour toi, non pour ton compte en banque.

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Luchino écouta patiemment sa mère exprimer ses inquiétudes. Mais il tint à la rassurer : pour lui, cette liaison n’était pas bien sérieuse, il n’avait nullement l’intention d’en faire le centre de sa vie : sa carrière d’abord ! Il jura qu’il gardait la tête sur les épaules, que Béryl restait avant tout pour lui sa conseillère financière pour ses projets de production cinématographique. Elle l’aidait à mettre au point ses dossiers de demandes de prêts pour la banque, à définir le planning des dépenses pour le tournage de son premier film. En dehors de cela, eh bien, Béryl était euh…enfin ils passaient quelques bons moments de détente ensemble, voilà tout ! Quel mal y avait-il à cela ? Il était adulte, elle aussi, ils étaient tous deux conscients que ça n’irait pas bien loin… Elle n’aimait que l’argent, c’était bien la preuve qu’elle ne chercherait pas à s’incruster dans sa vie intime ! Elle n’avait aucune envie de trouver un mari, seulement celui de manier du fric !

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Mais ses arguments furent mal compris par sa famille. Ses sœurs elles-mêmes furent déçues par cette liaison et voulurent lui ouvrir les yeux. Ici, on voit la plus jeune, Célia, encore étudiante à l’époque, venue se détendre chez ses parents entre deux examens de fin d’études.

- Que tu es naïf, Luchino ! lui dit-elle. Tu ne vois pas que cette fille est une intrigante ? Non contente d’avoir toutes les ficelles sur ton compte en banque, elle cherche maintenant à prendre le contrôle absolu sur toi. Qui te dit qu’elle ne réussira pas à te passer une bague au doigt ? C’est ça que tu veux ? Finir marié avec une fille que tu n’aimes pas vraiment mais qui aura su manœuvrer habilement pour que tu l’épouses ?

- Ma qué ! Il n’est nullement question de mariage ! C’est… une aventure, rien d’autre ! Béryl m’apporte son soutien pour la réalisation du projet qui me tient le plus à cœur, cc’est ma confidente, mais certainement pas ma future femme !

- Décidément, tu es aussi têtu que les Montecchi ! Nous t’aurons prévenu, Luchino. Tu joues avec le feu. Et tu nous fais de la peine à tous, papa, maman, Elvia et moi. Et à tous ceux qui t’aiment.

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Toutes ces mises en garde finirent par énerver sérieusement Luchino. Non mais ! De quel droit se mêlait-on de sa vie privée ? Il était assez grand pour choisir lui-même qui il fréquentait ! Allait-on enfin lui ficher la paix ? Puisqu’il jurait que ce n’était pas sérieux avec Béryl, il voulait qu’on le croie, enfin ! Ras le bol qu’on cherche à lui dicter sa conduite !

Excédé, il quitta un temps la maison familiale et loua une petite villa pour vivre sa vie. Là, il reçut de temps à autre Béryl quand le travail lui en laissait le temps. Ils continuaient à s’occuper de ses comptes, mais ils ne faisaient pas que ça...

Il n’était pas parti bien loin, à tout juste quelques kilomètres de là. Au fond il n’avait jamais vraiment coupé le cordon familial. Il souffrait sûrement des désaccords avec sa famille, mais il avait son orgueil… et comme il était une star, n’est-ce pas, il voulait faire ce qu’il voulait, et se croyait sans doute autorisé à toutes les folies… C’est pour ça qu’à ce moment-là, le bruit courut qu’il avait un peu pris la grosse tête. Jusqu’à se fâcher avec ses propres parents.

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Pauvre Hermia ! Elle déprima à ce moment-là. Tout au long de sa vie, elle avait tout fait pour ses enfants, elle les adorait. Elle avait toujours eu une tendresse particulière pour Luchino qui avait tant souffert de sa couleur de peau. Elle s’était même sentie responsable de sa souffrance : elle l’avait mis au monde et elle ne pouvait pas l’aider, changer pour lui cette couleur sombre. Aussi, peut-être qu’à présent, le Ciel la punissait ? Lui enlevait le droit de veiller sur son fils ? Il avait préféré s’éloigner d’elle, ne plus lui faire confiance…. Oui, c’était ça, il se vengeait… Béryl, fine mouche (comme toutes les femmes intéressées et manipulatrices), avait sans doute tout compris et su en user. Elle tirait son épingle du jeu en séparant le fils et sa mère. A présent, elle était souveraine, elle avait toutes les cartes en main, cette diablesse.

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Le pauvre Puck ne savait plus quoi faire pour consoler sa femme. Lui-même était très triste de cette situation. Voir Luchino brouillé avec sa famille, avec lui, son père, qui l’adorait, l’avait toujours aidé, poussé, soutenu dans sa carrière, s’était réjoui de sa réussite et de ses talents d’artiste… Que ça faisait mal au cœur de voir ce fils entiché d’une intrigante et faisant la tête à tout le monde !

Dans cette période difficile, il trouva un soutien en son ami de toujours, le fidèle Mercutio. Que de fois celui-ci alla chez lui pour tenter de lui remonter le moral ! Puck avait toujours été là pour lui dans les moments forts de sa vie, heureux ou malheureux. Ce fut à son tour d’être là. Il veilla tendrement sur Hermia et lui, ses chers amis. Pensez donc, ils se connaissent depuis l’adolescence, ils en ont, des souvenirs en commun !

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- Si Luchino dit vrai en prétendant que sa liaison avec Béryl n’est pas sérieuse, tout rentrera bientôt dans l’ordre, dit-il à Puck pour le rassurer. Ne t’inquiète donc pas trop, mon cher Puck. Et surtout, ne culpabilise pas : Hermia et toi, vous avez fait ce que vous deviez faire en ces circonstances. Son statut de star du cinéma rend Luchino vulnérable aux vautours, et il devrait être plus prudent, mais il n’en a pas conscience, il se figure au contraire qu’il maîtrise tout. C’est le rôle de son entourage de lui faire voir la réalité des choses. Il est entêté, mais il vous aime, Hermia et toi, il finira par vous écouter. Et puis il est jeune, il veut conquérir son indépendance, prouver qu’il n’est plus un môme. C’est sa façon à lui de devenir adulte. Bientôt il sera assez mûr pour accepter d’avoir eu tort.

- Oui, mais quand ? Je sais bien que l’âge lui mettra un peu plus de plomb dans la tête, mais d’ici là, j’ai peur des conséquences de ses caprices ! Qui sait où ça va le mener, tout ça ? Où va le mener cette fille ?

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La réponse vint quelques temps plus tard. Un matin, au réveil, Luchino eut une surprise. Béryl était venue passer le week-end avec lui dans sa garçonnière. Soudain elle le regarda gravement et déclara :

- J’ai quelque chose à te dire….

Il crut d’abord qu’il s’agissait de ses finances. Ils avaient beaucoup travaillé la semaine précédente et attendaient des réponses de la banque pour le budget du futur tournage. Luchino avait fondé tous ses espoirs en ce projet et craignait de ne pas se remettre d’un échec. Le jour, la nuit, il ne pensait qu’à ça. Même quand il était avec Béryl. Au fond, elle n’était que l’instrument de son projet, l’une des pièces du puzzle. Bref, si elle était une fille intéressée comme le prétendait sa famille, il l’était autant lui-même. Gonflé, lui ? Il avait vu bien pire dans le milieu du show-biz ! A côté de certains, il était un véritable angelot ! D’ailleurs Béryl savait très bien à quoi s’en tenir. Si elle l’acceptait, c’était parce que… hem… elle y trouvait son compte !   

- Je t’écoute, dit-il, soudain un peu fébrile.

Mais il ne s’agissait pas de la banque. Ni des finances. En l’écoutant, son visage passa du noir au blanc. Ses mots résonnèrent longtemps en lui. Très longtemps. Une incongruité. Une consternation. Elle avait dit :
- Je suis enceinte.

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26/09/05

4. L'affaire Béryl-Luchino (2è partie)

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Enceinte ! Oh la cata ! Le temps que Béryl aille sous la douche, Luchino cogita pas mal. A son retour, il la cribla de questions.

- Enceinte ? T’es sûre ?

- Evidemment que je suis sûre. Sinon je ne t’en aurais pas parlé.

- Ma qué ! Enceinte ! Je croyais que tu prenais la pilule !

- Mais oui ! Je la prends ! J’ai dû l’oublier un soir où j’étais arrivée ici fatiguée, après une longue journée de travail.

- Mais enfin ça ne s’oublie pas ces trucs-là ! râla Luchino. T’as pas oublié ce soir-là de venir dans mon plumard, que je sache !

Il était furieux, au bord de l’affolement. Béryl finit prendre la mouche.

- Enfin quoi ! Ce sont des choses qui arrivent ! Même avec une contraception ! Ce n’est jamais efficace à cent pour cent !

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Mais Luchino douta que le hasard y soit pour quelque chose. Pas avec elle. Elle était trop organisée, trop prévoyante. Elle avait fondé sa réussite sur un professionnalisme éliminant un maximum d’imprévus. C’était comme ça qu’on y arrivait dans lemonde de la finance et de la gestion. On pensait à tout, même au plus improbable. Enceinte… Pas possible que ce soit un accident. Pour lui il n’était pas question d’accepter ça.

- Eh bien, tu sais ce qui te reste à faire. Tu n’as plus qu’à prendre rendez-vous dans une clinique pour l’avortement.

- Voyons Luchino, il s’agit de ton enfant !

- Qu’est-ce qui me le prouve ? Tu viens ici un week-end sur deux, mais le reste du temps, tu vis ta vie, tu vois qui tu veux. On n’est pas mariés, hein. Il n’a jamais été question de ça entre nous et tu le sais bien.

- Quel homme cruel tu fais ! Et que ça me fait mal au cœur de t’entendre ! Oui, Luchino, c’est bien ton enfant. Je n’ai eu personne d’autre dans ma vie à part toi, ces temps-ci. Ce bébé ne peut être que de toi. Et je n’ai pas l’intention de m’en débarrasser. J’ai bien réfléchi et j’ai décidé de le garder. J’ai trente ans maintenant. Le temps passe.

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- Et si moi je ne veux pas de ce môme ?

- Voyons, Luchino, tu ne pourras pas nier que tu es son père. Il y a des moyens pour en faire la preuve. Tu ne pourras pas rejeter tes responsabilités.

- Mes responsabilités ? dit-il avec colère. Tu savais très bien à quoi t’en tenir en venant ici. On était là pour préparer un film et accessoirement pour…

- Pour s’envoyer en l’air, je sais ! Tu en as bien profité et maintenant tu voudrais échapper aux conséquences ?

- Des conséquences que tu as totalement manigancées ! cria-t-il. Avoue que tu l’as fait exprès ! Qu’espères-tu maintenant ? Une pension alimentaire, j’imagine ? Ah ! Mes parents avaient bien raison de me dire de me méfier de toi, de m’assurer que tu n’en voulais qu’à mon fric ! J’aurais mieux fait de les écouter ! Au lieu de cela je n’en ai fait qu’à ma tête et voilà le résultat. Je me suis bien fait avoir !

- Mon Dieu, Luchino, tu ne sais pas ce que tu dis, fit Béryl, effarée, au bord des larmes. Comment peux-tu penser que je sois à ce point vénale ?

Elle se mit à pleurer. Sans doute espérait-elle l’attendrir. Mais rien n’y fit. Il la jeta dehors, refusa de la revoir et lui retira aussitôt la gestion de son compte en banque et de ses projets. A partir de ce moment-là, il se comporta comme si elle n’avait jamais existé.  Elle l’avait trompé, s’était joué de lui. Il la détestait.

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Il retourna penaud chez ses parents. Il s’en voulait.

- Je suis désolé, maman, j’aurais dû te croire quand tu disais qu’elle était intéressée. J’ai été naïf ! Et maintenant, voilà le résultat !

Hermia ne lui en voulut pas. Comment une mère pourrait-elle en vouloir à son fils ? Il était de nouveau près d’elle, elle l’avait retrouvé, c’était une grande joie pour elle. Mais elle était inquiète : et Béryl ? Qu’allait-elle faire ? Si cet enfant était vraiment de lui, elle pouvait exiger que Luchino l’aide à l’élever. Or, avec la petite fortune qu’il avait déjà amassée en tournant des films, elle pouvait se permettre d’être exigeante. Un tribunal chargé de fixer le montant d’une pension alimentaire jugerait qu’il avait largement les moyens de réparer sa «faute» envers elle, car bien sûr, il serait tenu pour responsable de cette paternité non-désirée. Il était connu, il avait tout, l’argent, la beauté, la célébrité, on n’aurait aucune indulgence à son égard et on le ferait casquer. Il passerait pour la star évaporée qui avait engrossé en passant une pauvre fille, sans se soucier des conséquences, en capricieux. Autant dire que sa fortune était en danger. Il avait du souci à se faire pour le tournage de son film, le seul projet qui lui tenait vraiment à cœur. Avoir une famille, des enfants… Jamais il n’avait pensé à ça. Sa vie était ailleurs. Il ne pensait qu’au cinéma !

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A l’instar de sa mère, le reste de sa famille lui pardonna. Sa sœur Elvia, la mère de Chiara, fut la première à courir vers lui pour le réconforter.

- Mon pauvre Luchino ! Quelle histoire ! J’espère que tu n’auras pas trop à en pâtir !

- Je l’espère aussi, Elvia. Je me suis vraiment conduit comme un pauvre idiot ! Jusqu’à me fâcher avec ma famille, tu te rends compte ! Quelle folie ! Et maintenant Dieu sait ce que Béryl va exiger de moi !

- Où est-elle ? demanda Elvia. Tu as eu de ses nouvelles ? Que devient-elle ?

- Je n’en sais rien. Aucun signe d’elle depuis deux mois. Peut-être a-t-elle mis son travail entre parenthèses pendant sa grossesse. Mais je sais que tôt ou tard elle reviendra à la charge. Si vraiment cet enfant est de moi…

- C’est là le plus préoccupant, Luchino. Que tu le veuilles ou non tu vas être père ! Même s’il s’agit d’une naissance non désirée, tu ne pourras pas faire comme si cet enfant n’existait pas ! Au lieu de faire l’autruche, tu devrais retrouver Béryl et te mettre d’accord avec elle sur la suite des évènements.

- Tu crois ?

- Mais oui ! Vous arriverez bien à un accord au sujet de cet enfant !

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Elvia avait parlé en tant que mère. Elle avait pensé avant tout à ce bébé à naître. Mais Luchino, lui, n’avait en tête que son futur tournage et le scénario qu’il passait des heures à fignoler sur l’ordi. Un artiste, même bourré de talent, est d’abord un être égoïste, se consacrant à son art. Les autres, les gens, les enfants, la famille, tout cela arrivait loin derrière. Il n’avait qu’une peur : que toute cette histoire ralentisse l’avancée de ses projets et jette l’opprobre sur lui au point de nuire à la réussite de son premier film.

Aussi c’est avant tout pour protéger SES intérêts et SON avenir qu’il chercha à recontacter Béryl pour, selon l’expression d’Elvia, se mettre d’accord avec elle. Pas un instant il ne se faisait du souci pour elle. Il ne doutait pas qu’elle allait très bien, ne manquait de rien. Elle gagnait confortablement sa vie avec sa petite entreprise et avait sûrement déniché de nouveaux clients depuis qu’il lui avait retiré la gestion de ses propres affaires. Douée comme elle était, en peu de temps, elle avait dû retrouvé dix fois le montant des commissions qu’il lui versait. Et en cas de difficulté passagère, eh bien ! Son père avait été directeur général chez Muxis et disposait d’une confortable retraite. Pas de danger qu’elle se mette à bouffer seulement des nouilles.

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Mais la réalité s’avéra toute différente. Elle vint le voir alors qu’il était seul à la maison, ses parents étant allés déjeuner chez Elvia. Pour l’amadouer, il fit son plat préféré, les spaghettis qu’ils avaient souvent dégustés ensemble, dans sa garçonnière, avant que…. Eh ben avant qu’elle soit enceinte. Le bon vieux temps, quand ils ne pensaient qu’au plaisir du moment présent, sans la cuite du lendemain.

Elle avait très mauvaise mine. Etait-ce à cause de la grossesse ? Elle était fatiguée, un peu bouffie, elle semblait dix ans plus âgée. Etre enceinte ne lui réussissait pas, crut-il tout d’abord. Puis elle annonça qu’elle avait fait faillite. Le fait qu’il lui eût retiré la gestion de son compte en banque avait été fatal à sa petite entreprise. Ses autres clients s’étaient posé des questions sur cette défection, avaient trouvé ça louche, imaginé que Luchino n’était plus satisfait de ses services et cela avait fait boule de neige. A leur tour, ils avaient cessé de faire confiance à Béryl. En l’espace de quelques semaines elle s’était retrouvée sans le sou et avait dû fermer boutique. Elle en avait beaucoup souffert : l’œuvre de sa vie était détruite…

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D’un côté, Luchino s’en voulut d’être à l’origine de sa faillite. D’un autre côté, elle ne devait s’en prendre qu’à elle-même. Après tout, c’était elle qui avait tout fait pour tomber enceinte, elle l’avait trahi. Elle avait précipité sa propre perte. Quelle idiote ! Tant d’années de travail fichues à l’eau à cause d’une magouille destinée à lui soutirer plus d’argent que ce qu’il lui donnait déjà ! Elle était allée trop loin, avait abusé de sa confiance, l’avait pris pour un pigeon et, pire, avait imaginé qu’il marcherait ! Car maintenant il en était sûr, elle l’avait bel et bien fait exprès. Pourtant, elle continua de prétendre le contraire :

- C’est un accident, Luchino. Je n’ai rien manigancé. Je ne sais rien faire d’autre que gérer des fonds. Jamais je n’ai cherché à sortir de ce cadre strict pour gruger mes clients sur un autre plan. J’ai trop bataillé pour être crédible dans mon métier, jamais je n’aurais pris le risque de tout casser en faisant un enfant dans ton dos !

Elle avait l’air sincère, elle était calme et triste. Alors pourquoi avait-il tant de mal à la croire ? A cause d’elle, maintenant, il se méfiait de tout et de tout le monde. Elle lui avait fait tant de mal… Plus jamais il ne lui ferait confiance. Il avait envie de lui crier d’aller au diable avec son gosse. Il ne voulait pas de ce moutard, il n’avait ni le temps ni l’envie d’être père. Elle lui avait forcé la main. Ce mioche ne serait jamais le sien !

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Ils en restèrent là ce soir-là. Mais le lendemain, après une nuit à l’hôtel, Béryl revint poursuivre la discussion. Dans le jardin, elle tomba sur Mercutio venu rendre visite à Puck. Mercutio, le grand ami de son père Eduardo ! Tous deux avaient longtemps travaillé ensemble, ils restaient d’ailleurs en contact. Mercutio avait assisté au mariage de se parents, autrefois, avait bien connu sa mère. Il avait vu naître Béryl, l’avait vue grandir, l’avait vue se désoler quand son fils Benvolio (à l’époque, lui seul savait qu’il était le père de Benvolio), s’était fait prier pour accorder à Béryl son premier baiser. Bref elle était un peu comme sa fille.

Tout naturellement, il lui demanda de ses nouvelles et se désola qu’elle ait fait faillite. Il se préoccupa de sa grossesse et de sa situation matérielle. Il était un peu gêné dans cette affaire : il adorait Luchino, Puck, Hermia, toute la famille Songedété, ses grands amis de toujours ; mais le sort de Béryl, fille d’un autre grand ami, ne pouvait lui être indifférent. Difficile de ne voir en elle qu’une profiteuse. Elle restait la charmante petite fille dont Eduardo avait la photo sur son bureau.  Elle raconta qu’elle venait de rendre les clés de son appartement qu’elle n’avait plus les moyens de garder. Elle hésitait à retourner chez son père : il était remarié, elle craignait de le déranger…  Elle ne savait pas trop où aller.

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Il n’en fallut pas davantage à Mercutio pour s’apitoyer. Il voulut l’aider et joua les intermédiaires auprès de Puck qui, il le savait, se laisserait lui aussi attendrir par le sort de cette jeune femme, ancienne habitante de Véronaville. Une voisine, qu’on n’avait pas le droit de laisser tomber. D’autant qu’elle portait le futur petit-fils, ou la future petite-fille Songedété ! L’enfant de Luchino !

- Essaie de faire quelque chose pour elle, dit Mercutio à son vieil ami. Tu ne vas quand même pas la laisser coucher dehors dans l’état où elle est ! Même si ça ne fait plaisir à personne, elle porte ton héritier, le fils de ton fils ! Ce serait indigne de toi de la laisser livrée à elle-même.

Puck hésita. Cela ne lui faisait pas plaisir d’aider une fille qui -disait-on- avait parfaitement calculé son coup. Peut-être pas jusqu’à imaginer sa propre faillite, mais puisqu’elle risquait de toucher le gros lot si elle obtenait la pension alimentaire convoitée auprès de son fils, elle n’aurait plus jamais besoin de travailler. L’argent tant recherché tout au long de sa vie, elle allait l’avoir, simplement en pondant le rejeton de son fils. Quel vocabulaire ! Mais cet enfant, lui, n’avait pas demandé à venir au monde. Il était et resterait un petit Songedété. Quelqu’un de la famille. Mercutio avait raison, on devait aider Béryl. C’était une question d’honneur !

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Peut-être même pourrait-on la convaincre, en l’aidant, de renoncer à la pension alimentaire faramineuse qu’elle risquait de réclamer après la naissance ? La mettre dans sa poche, quoi ? Limiter les dégâts ? D’ailleurs, qu’est-ce qui prouvait qu’elle ferait cela ? Peut-être espérait-elle retravailler rapidement et relancer son entreprise. C’était une battante, elle l’avait prouvé depuis tout ce temps. Penser qu’elle pouvait vivre indûment aux crochets de Luchino était peut-être humiliant pour elle, qui sait ?

Puck voulut en avoir le cœur net et l’invita à s’installer dans la chambre du fond, à l’étage. Evidemment il dût subir les premiers temps la bouderie d’Hermia qui désapprouvait cette initiative. Pour Hermia, Béryl était une intrigante, point à la ligne. Qu’elle se débrouille avec son môme.

- Voyons ma chérie, tu ne sais pas ce que tu dis, répondit doucement Puck.

Comment sa douce et tendre Hermia en était-elle arrivée là ? Elle qui adorait les enfants, en avait élevé trois, s’était réjouie comme personne à la naissance de ses deux petites-filles, Chiara et Colombina, les filles d’Elvia…

Elle voulait protéger Luchino, tout simplement. Avant d’être grand-mère une nouvelle fois, elle était mère. 

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Béryl n’accepta d’ailleurs qu’avec réticence la proposition de Puck. Elle se sentait de trop, c’était évident. Tout de même, elle passa quelques temps dans la chambre du fond, où elle se remit au travail pour préparer l’après-naissance. Plongée dans ses dossiers et son ordinateur portable, on ne la voyait quasiment pas. Par-dessus tout, elle évitait Hermia pour ne pas risquer d’envenimer son animosité. Pas question pour elle de s’imposer, de se croire chez elle dans la maison de sa… hum…. Belle-mère ?

Le soir, pour se détendre, elle aimait regarder le ciel dans le grand télescope que Puck avait installé pour occuper ses insomnies de senior. Plus d’une fois il la découvrit là à une heure avancée. Comme son père Obéron, il avait toujours aimé observer les étoiles et sa mise à la retraite, après les longues années de bons et loyaux services à la mairie, lui laissait maintenant tout le loisir de vivre sa passion. C’était son point commun avec Béryl. Cela leur permit peu à peu de se rapprocher. 

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- Merci de m’avoir accueillie, dit-elle. Vous au moins vous avez du cœur. Je ne l’oublierai jamais. Grâce à vous, je reprends espoir en la vie, les gens… J’ai pas mal déprimé ces derniers temps. Je me suis sentie si seule quand mon entreprise a coulé !

- On est souvent seul dans la vie, mademoiselle, répondit-il. C’est l’une des choses que j’ai comprises très jeune. Peut-être est-ce dû au fait que mes parents biologiques se sont séparés de moi pour me confier à d’autres, qui ont fait ce qu’ils pouvaient pour me rendre heureux, mais… Comme vous aujourd’hui, je me suis souvent senti abandonné.

- J’y ai pensé, vous savez… dit-elle alors d’une voix à peine audible. J’ai pensé à abandonner l’enfant que j’attends. Avec tous les soucis que j’ai en ce moment, je ne suis pas sûre de pouvoir être une bonne mère. J’appréhende énormément les mois qui vont suivre l’accouchement.

- A ce point ? Vous savez, beaucoup ici pensent que vous n’avez mis en route cet enfant que pour toucher une pension alimentaire.

- C’est faux ! Je l’ai déjà dit à Luchino. Je n’ai rien prémédité. Je vous le jure ! Quant à avorter comme l’aurait voulu Luchino… je ne le lui ai pas dit, mais il était déjà trop tard. Le délai légal était dépassé. Je n’ai pas voulu mettre ma santé en danger.   

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Disait-elle la vérité ? Même Puck ne put le deviner. Néanmoins il parla souvent avec elle, à cette période, le soir, devant le télescope. Hermia finit par s’habituer à sa présence sans pour autant l’apprécier vraiment. Jamais elle ne pourrait apprécier quelqu’un qu’elle avait à ce point détesté.

Puis un beau jour, dans l’après-midi, Béryl ressentit les premières contractions. Hermia était sortie (elle travaillait encore de temps à autre dans le restaurant qu’elle avait créé et légué depuis à son beau-fils, Patrizio, le mari d’Elvia), aussi c’est Puck qui s’occupa de la jeune femme. Il la conduisit à la clinique où l’on veilla sur elle avec tous les égards du monde : même si la plupart des gens de Véronaville ne l’aimaient pas, lui reprochaient de s’être fait mettre enceinte pour l’argent, elle était chaperonnée par l’ancien maire et cet enfant qu’elle portait était le bébé de Luchino, l’idole, la star de tout un pays. Toutes les sages-femmes étaient amoureuses de lui. Peut-être même qu’elles auraient aimé être à la place de Béryl ? Ce n’était pas courant de porter un fils ou une fille de star !

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C’était encore moins courant de porter les deux à la fois ! Béryl accoucha de deux bébés ! Un garçon et une fille ! Aussitôt les mauvaises langues allèrent bon train : c’était coup double ! Le montant de la pension alimentaire allait dépasser toutes ses espérances ! Luchino allait devoir lui offrir non pas un deux-pièces, mais une maison tout entière avec nurserie, nounou logeant sur place, réfrigérateur double contenance pour les biberons ! Sûr qu’avec cette livraison-là, Béryl n’était pas prête de retravailler. Et si elle avait fait exprès d’avoir des jumeaux ? Peut-être avait-elle découvert le secret pour en avoir, une potion donnée par une sorcière, assortie d’une formule magique (c’était plus sûr !) ? On disait qu’il y avait des gens, chez les lutins, de ce côté de Véronaville, qui connaissaient tous les secrets de magie. Elvia, la sœur de Luchino, était exorciste. Peut-être que Béryl s’était alliée à l’un de ces personnages ? Mais quel voisin aurait ainsi osé trahir les Songedété ? Et pourquoi ? Qui voulait leur causer des ennuis ? Bref, une fois de plus, on raconta n’importe quoi.

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Pendant ce temps, indifférent aux ragots, Puck pouponnait. Deux bébés d’un coup, c’était du boulot. Par la force des choses, Hermia s’y était mise aussi. Ils n’étaient pas trop de deux pour langer, biberonner, câliner… Béryl était dépassée. Elle appréciait la présence et l’aide de deux personnes expérimentées. Elle avait choisi seule les prénoms de ses enfants. Cette double naissance l’avait déroutée au point qu’elle était restée indécise à ce sujet tout au long de son séjour à la maternité. On l’avait tant descendue en flèche, tant traînée dans la boue qu’elle refusa de choisir des prénoms italiens. S’étant souvenue de ses origines françaises, et étant une grande admiratrice de Marcel Pagnol, elle prénomma les nouveaux-nés Marius et Fanny. A Véronaville, si les plus cultivés surent faire le lien avec les œuvres du même nom et trouvèrent cela très joli, les moins futés (souvent les mêmes qui avaient joué les mauvaises langues) en furent incapables. Pagnol ? C’est qui celui-là ? Un français ? Un parisien évidemment… Pfeu ! Ces gens-là ne savaient pas faire la pizza.   

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Mais après avoir joué quelques temps la nounou à plein temps avec ses deux petits-enfants, Puck finit par se mettre en colère : depuis la naissance, pas une fois Luchino ne s’était intéressé à eux. Pas une fois il n’avait donné le biberon, pris l’un des bébés dans ses bras !

- Ecoute, je sais bien que ça tombe mal pour toi, dit-il, que tu vas partir en tournage, que tu te fiches de ces gosses, mais ce sont TES gosses et ils vivent ici. De quoi avons-nous l’air, ta mère et moi, à nous occuper ainsi de deux petits bâtards ? Alors peu importe ce que tu penses de leur mère. Tu vas me faire le plaisir d’aller déclarer ta paternité alors qu’ils portent notre nom et qu’ils soient officiellement TES enfants.

- Mais papa ! J’ai pas le temps, moi ! Je m’en vais dans deux jours, je dirige tout le tournage, j’ai des tas d’autres trucs à faire !

- Eh bien tu les feras après avoir assumé tes responsabilités de père. Et je te prierai aussi de leur donner le biberon au moins une fois avant de partir, afin qu’ils sachent qu’ils ont un père. Non mais !

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C’est ainsi que Luchino, contraint et forcé, accorda un peu d’attention à ses mômes. Cela lui fit tout drôle de donner le biberon. Si on lui avait dit que lui, Luchino Songedété, le comédien le plus renommé d’Italie, l’artiste le plus célèbre et le plus glamour, serait un jour en pyjama et les pieds nus devant le frigo, à sept heures du matin, aidant son fils puis sa fille à siroter puis à faire leur rot avant de les recoucher ! Heureusement ça n’allait pas durer. Il était attendu dès le lendemain de l’autre côté du pays afin de diriger son tournage tant rêvé et tant préparé. Enfin ! Son désir le plus cher devenait réalité. Béryl, les jumeaux, tout ça redeviendrait bien vite secondaire. Il n’avait rien demandé, lui ! Il voulait juste qu’on lui fiche la paix pour vivre jusqu’au bout son rêve d’artiste !

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Après avoir reconnu à contrecoeur cette double paternité et donné son nom aux bébés, il s’en alla. On ne le revit pas pendant des mois. Ou si peu. Il passait en coup de vent entre deux journées de tournage. Pendant ce temps les jumeaux grandissaient. La petite Fanny ressemblait à sa grand-mère, la belle Aurore, dont elle avait les yeux noisette, la peau mate et les cheveux chatains. Tout différent, le petit Marius était un adorable poupon tout blond, aux yeux d’un bleu éclatant sur sa mine dorée. Il était superbe. Pas de doute, il tenait d’Eduardo, son grand-père. Difficile d’affirmer dans ces conditions que les deux enfants étaient bien ceux de Luchino… à un détail près : ils avaient des oreilles pointues de lutin ! Ah ah ! Et voilà, tout est dit !

A un an, ils commencèrent leur apprentissage du pot. Puck avait de l’expérience en ce domaine puisqu’il avait eu trois enfants. Béryl, elle, fatiguait vite. Elle avait recommencé depuis peu à travailler et recréé une petite structure de gestion financière. Cumuler travail et enfants l’épuisait. On sentait qu’elle en avait marre. Il n’y avait qu’à voir sa tête pendant ces séances du pot.

- Dites, beau-papa (elle l’appelait ainsi à présent), ça va être encore long ?

- Patience, Béryl, patience… Il en faut beaucoup avec les enfants.

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Peu à peu, Béryl délaissa les enfants. Son travail l’occupait, disait-elle. On avait l’impression que la fibre maternelle et elle, ça faisait deux. Hermia devint grand-mère à plein temps et s’attacha particulièrement à eux. Ils étaient ses bébés.

Après son tournage, Luchino revint chez ses parents et s’occupa un peu lui aussi des deux bambins. Puis il repartit pour assurer la promo du film. Les critiques qui l’avaient vu en avant-première le jugeaient plutôt réussi pour un premier film. Mais les gazettes parlaient aussi de son histoire avec Béryl et de ces deux bouts de chou non désirés, que leur mère avait laissés à la garde de leurs grands-parents… On les appelait « les deux oubliés », car selon les apparences, ni leur père, ni leur mère ne voulaient d’eux… Cela fit beaucoup jaser, au point de faire presque oublier le film. Luchino en fut dépité. Avoir tant travaillé pour finir par faire parler de lui autrement que par son œuvre artistique, quelle déveine ! Toute cette affaire finissait par lui taper sérieusement sur le système !

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Quand Béryl revint, il était décidé à en finir une bonne fois pour toutes avec elle. Depuis de longues semaines, elle avait négligé les enfants. Il était prêt à entamer une procédure pour que ses parents en obtiennent officiellement la garde. Hermia était d’ailleurs partante. Une fois de plus, elle en voulait à Béryl. Mais Béryl monta sur ses grands chevaux et la discussion s’envenima :

- Pas question ! Ce sont MES enfants ! Faut-il te rappeler que tu n’en voulais pas ? Je sais que j’ai abusé, dernièrement, de la disponibilité de tes parents. Je suis donc venue les chercher. Je leur ai trouvé une nounou, je vais m’organiser pour vivre avec eux, loin d’ici. J’ai également pris un avocat pour la pension alimentaire. Selon lui, le juger la fixera à 25 000 simflouzes par mois.

- 25000 simflouzes ! C’est énorme ! Ne me dis pas que tu as besoin de tout ça pour élever deux mômes !

- Eh bien si. Qu’est-ce que tu crois ? ça coûte cher, les enfants !

Ils se déchirèrent un long moment dans la chambre des petits . Luchino était affolé. Il imaginait la tête de ses parents. Depuis leur naissance, ils avaient veillé sur les deux enfants et maintenant Béryl voulait les leur enlever ! Mais elle fut intraitable, elle voulait partir avec eux dès le lendemain. Après avoir énoncé cette triste sentence, elle s’enferma dans sa chambre, à l’étage, près de celle des deux bambins.

L’enquête conclut plus tard qu’Hermia avait été la dernière à la voir vivante, tandis qu’elle montait l’escalier….

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Ce soir-là, Luchino était attendu au festival de Cannes où son film était présenté hors compétition. Refusant de s’éloigner trop longtemps de Véronaville en ces heures cruciales dont allait dépendre l’avenir de ses deux enfants, il annula au dernier moment la nuit d’hôtel réservée sur place et décida de faire l’aller-retour en hélicoptère. A trois heures du matin, après les rencontres avec les fans et la presse, l’hélico le ramena chez lui.

Il trouva la maison endormie, ses parents couchés, les deux bambins sagement dans leur lit. Selon ce qu’il raconta par la suite aux enquêteurs, la porte de la chambre de Béryl était entrouverte. En passant, il vit de la lumière, pensa qu’elle travaillait encore, malgré l’heure tardive. Elle ne savait faire que ça, n’aimait que ça… Aussi sans plus s’étonner il alla se coucher, au bout du couloir.

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Ce n’est que le lendemain matin, réveillé par le charivari dans ce même couloir, qu’il apprit la nouvelle : la femme de ménage avait découvert le corps sans vie de Béryl. Un médecin était là, ainsi qu’un policier détaché tout exprès de la brigade locale. Il disait à Puck et Hermia : «Pas de doute, elle a été assassinée».

Assassinée ! Un meurtre à Véronaville ! Impensable ! Qui donc pouvait l'avoir tuée ? 

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