05/09/05
Résumé de la première partie
Isotta, petite-fille de Juliette et Roméo, se pose bien des questions sur ses grands-parents : pourquoi ne sont-ils pas mariés et ne vivent-ils pas ensemble ? Pourquoi sa mamie est-elle mariée à un autre, tandis que son papy vit avec une certaine Boutondor ? Et pourquoi sa cousine Tosca prétend-elle avoir deux papys, elle ?
Peu à peu, et contre l'avis de sa mère, qui voudrait lui cacher ces histoires de famille, Isotta va trouver des réponses et découvrir le passé de sa grand-mère Juliette. Dans le même temps, devenue l'amie de trois garçons de son âge, elle réfléchit à son avenir : lequel épousera-t-elle quand elle sera devenue grande ? Grave question !
Devenue l'amie de Chiara, une petite lutine, petite-fille de Mercutio, elle décide de créer avec elle un journal pour raconter la vie des habitants de Véronaville, tous plus ou moins membres de sa famille. Son premier article est consacré au mariage de Boutondor et Roméo. Ce jour-là, elle décide d'épouser plus tard Auréliano, fils adoptif de Boutondor, du même âge qu'elle.
1. Enfin l'adolescence !
C’était un soir d’avril, puisque, comme je l’ai dit, je suis du signe du Bélier. Ce soir-là, j’ai fêté mon anniversaire. C’était donc un jour tout particulier. Je quittais l’enfance, j’entrais dans l’adolescence. Pas trop tôt ! Depuis le temps que j’attendais ça… J’allais pouvoir sortir seule comme les grands, m’acheter des fringues, et tout. J’en rêvais sans trop savoir ce qui m’attendait. Qu’allais-je trouver dans ce nouveau monde qui s’ouvrait à moi ? La vraie vie ? Ou bien des boutons d’acné ? Aaah… pas ça, pitié ! Si jeune et déjà défigurée, quelle injustice ! A quoi j’allais ressembler quand j’aurais soufflé les bougies ? Bon ben pour le savoir, y’avait qu’à souffler, hein… allez, à la une, à la deux, à la trois…. Et voilà ! C’est parti ! En avant pour le grand saut sous les hourrahs de mes parents émus !
Un grand « paf » a résonné dans tout le salon. J’ai quitté mon enveloppe enfantine devenue trop étroite et, telle une chrysalide, mon nouveau « moi » est né sous l’œil attendri et ébloui de la famille. Comment me trouvez-vous ? Pas trop mal, non ? Dites, j’ai comme l’impression que je ressemble vachement à mon papy… Ouais, mon grand-père Roméo, on le lui a d’ailleurs déjà dit et il en est tout fier ! Il lui arrive même de plaisanter, en disant : « Celle-là, au moins, on est sûr qu’elle est ma petite-fille ». Pas de doute là-dessus, mon papynou. Moi aussi je suis fière d’être ta petite-fille !
Voilà, j’ai l’âge des premières sorties en boîte ! Euh, j’exagère peut-être un peu, disons que j’ai l’âge du premier baiser. Celui-là, je l’ai déjà eu enfant, hi hi, souvenez-vous, avec mon copain Auréliano… Nous n’avons pas attendu, nous, après tout il n’y a pas d’âge pour s’embrasser ! Donc puisque j’ai déjà vécu ça, eh bien maintenant je vais vivre tout le reste ! Quoi, au juste ? Eh ben tout, quoi !
A commencer par un truc dont rêvent toutes les petites filles et qu’elles font parfois en cachette : se maquiller ! Aussitôt j’ai foncé dans la salle de bains et j’ai fouillé dans la trousse de produits de beauté de maman. On ne peut pas dire qu’avec son métier d’ultrasim elle soit du genre à passer trois heures à se pomponner, aussi elle a peu de choses en stock : quelques rouges à lèvres, quelques crayons pour les yeux…. Bon, faudrait faire avec. J’ai pris ce que j’ai trouvé et j’ai fait ma petite cuisine, seule devant la glace.
Voilà le résultat. Bon, j’en ai peut-être fait un peu trop, là. Je ne me reconnaissais plus. C’était moi, ce pot de peinture ? J’ai fini par tout enlever. Je ferais peut-être bien de demander des conseils à maman ou à mamie pour débuter. Elles aussi sont passées par là, avant moi. A moins qu’on ne discute de tout ça entre copines. Oui, parce que mes copines aussi ont l’âge de chiper le maquillage de leur mère !
Chez ma cousine Tosca, ça s’est passé exactement comme chez moi. Gâteau, flonflons et cris de joie dans la maison. Tata Clacla et tonton Yoyo (c’est comme ça que j’appelle affectueusement tonton Benvolio) ont applaudi à la transformation de leur fillounette chérie. Angélino était là aussi. C’est devenu un grand garçon, qui ressemble à son père. Quant à Tosca, on peut difficilement ne pas remarquer sa ressemblance avec sa mère.
Sans mentir, c’est Clacla tout craché. Surtout le nez. Les yeux bleus, eux, en revanche, sont hérités de… devinez qui ? Tonton Yoyo, bien sûr, qui lui-même les tient de mamie Juliette ! Comme moi, en somme ! On est deux cousines avec un air de famille. Ainsi, grâce à nous, la famille Capuleti, dont le nom était désormais éteint, continue à vivre. Et y’a de beaux restes ! Elle s’est infiltrée dans d’autres familles, qu’elle enrichit, à laquelle elle ajoute de nouvelles couleurs. Sans elle, jamais les Montecchi n’auraient dans leurs rangs ces détenteurs de jolis yeux bleus.
C’est là toute l’œuvre de notre mamie Juliette que nous aimons tendrement. Et pour être sûre de réussir son coup, mamie a cueilli les petites graines chez les deux frères, les deux patriarches de la famille, mon grand-père et celui de Tosca. On n’est jamais trop sûr du résultat quand on cherche à perpétuer ses gênes, avait-elle dû penser à l’époque, alors deux fois valent mieux qu’une.
De son côté, sa sœur Hermia n’a pas encore réussi à en faire autant. Les yeux bleus, chez les Songedété, n’ont pour le moment pas dépassé la première génération. La seconde a jusqu’ici hérité des yeux bruns de la branche Montecchi. Regardez ma copine Chiara. Eh oui la petite lutine, fille aînée de Patrizio (le fils de Mercutio) et d’Elvia (la fille de Puck et Hermia). Elle est devenue grande elle aussi ! Remarquez, même sans yeux bleus, elle est plutôt jolie.
D’elle ou de Tosca, je ne sais qui est ma meilleure amie. Je les adore toutes les deux. A nous trois, nous avons fini par créer ce blog qui est devenu le journal de Véronaville, où nous racontons tout ce qui se passe dans nos familles. Je vous en parlerai plus tard. Mais pour le moment, place à la vie d’ado et à nos premières sorties de filles ! Boutiques de fringues, à nous deux ! Banzaï !
Oui parce que vous n’imaginez pas que nous allions garder ces fringues-là ! Ok, elles n’étaient pas trop moches, mais c’étaient celles achetées par nos parents, donc forcément on s’en balance ! Notre premier acte d’indépendance consista donc, dès le lendemain de mon anniversaire, à aller faire les magasins, l’activité la plus merveilleuse et la plus épanouissante qui soit pour toute adolescente digne de ce nom. Chiara n’a pas pu venir mais nous a promis que ce n’était que partie remise. Nous avons donc décidé, Tosca et moi, de mettre en commun notre argent de poche pour dégoter des trucs sympas. A notre arrivée devant le centre commercial, j’ai sorti mon porte-monnaie contenant tout mon trésor (à peine deux cent simflouzes, grrr…) et je lui ai dit :
- Aboule le fric, ma vieille, on va tout recompter pour savoir ce qu’on peut ou pas acheter !
- Oh ben tu sais, j’ai pas apporté grand-chose, a-t-elle dit, j’ai préféré mettre de côté une partie des sous que j’ai reçus pour mon anniversaire. J’aimerais m’offrir quelques livres et un nouveau télescope, celui de papa est naze.
Ça c’est tout Tosca. Pour elle, ce qui compte, c’était d’abord les études et les bouquins. Les garçons, les fringues, les sorties, ouais, bon, c’est sympa, mais y’a pas que ça dans la vie.
Heureusement que c’est ma cousine, sinon je la trouverais bizarre. Je pense tout le contraire ! Les études et le bouquins c’est sympa mais enfin y’a pas que ça dans la vie !
On est donc entrées dans le magasin le plus tendance de Véronaville. Enfin, quand je dis tendance, ça ne concerne pas la déco. Tout ça m’a paru un peu trop classique, ça manquait de couleurs, de paillettes, de trucs qui brillent et de miroirs. Si j’étais décoratrice, je te me relookerais tout ça, moi, et que ça saute ! Je mettrais des carreaux brillants sur le sol, refletant notre beauté naturelle (ben quoi ?) et claquant sous les pas, de la musique, des cabines d’essayages aux couleurs flashy, des lumières clignotantes et des spots et des tas de trucs comme ça !
D’ailleurs ça m’a donné une idée. Juste à côté se trouvait la discothèque de mon oncle Romano. Oui, celle qui s’appelle « Le paradibulle », où se trouve l’objet du même nom tant convoité depuis mon enfance. En journée, elle est fermée, mais mon oncle est là, lui ! Il y passe une partie de son temps puisque c’est son lieu de travail. Oh oh… J’en ai soudain oublié nos achats de fringues… J’avais trouvé plus intéressant à faire. Oui oui, c’est possible !
- Psst ! Tosca !
- Mmm ???
J’ai dérangé ma cousine pour lui parler de mon idée. Très concentrée, comme pour tout ce qu’elle faisait, elle était consciencieusement occupée à regarder sous toutes les coutures les robes d’un portant, et s’est donc étonnée que j’aie soudain changé d’objectif.
- Dis, si on allait visiter le Paradibulle, à côté ? lui ai-je murmuré à l’oreille. C’est l’occasion ou jamais !
- Huh ? Le Paradibulle ? T’es folle ! C’est interdit aux mineurs !
- Pas tout le temps ! Certains jours, ils peuvent entrer, y compris les enfants.
- Mais c’est pas la bonne heure ! C’est fermé !
- Pas pour nous ! Tonton Romano est là, il nous laissera entrer !
- T’es sûre ?
- Ben y’a qu’à aller voir, on le saura vite !
Seule, Tosca n’aurait jamais osé me suivre. Si j’avais voulu une complice pour faire les quatre cent coups, avec elle, c’était mal barré. Sans aller jusqu’à dire que c’est une fille sage, c’est… eh ben… Oh et puis si, disons-le, c’est une fille sage ! Jamais elle n’irait au paradibulle sans demander la permission à son popa et sa moman !
Eh ben ma vieille, maintenant va falloir que ça change, t’as plus l’âge de demander la permission pour tout. Un peu d’indépendance que diable ! Un zeste d’initiative, ça te préparera à la vie d’adulte ! Du nerf !
On a donc laissé tomber les fringues (c’est dire si le Paradibulle nous attirait, surtout moi), et on est allées en face, dans l’autre partie du centre commercial. Aaaaahhh… ce décor ! C’était exactement comme ça que j’imaginais la boutique de fringues ! Tonton Romano était là, en train de jouer au flipper. Bien sûr il prétendrait, en nous voyant, que c’était pour le tester, voir si ça marchait bien. Qu’il ne s’amusait pas pendant le travail, loin de lui cette idée. Cause toujours, tontounet.
Tiens, Colombina était là aussi ! Quand je disais que l’endroit était ouvert aux mômes…. Elle était si fascinée par ce décorum de soirée disco qu’elle ne nous avait même pas vues. Comme nous, elle regardait Romano, attendait qu’il s’aperçoive de notre présence. Ce qu’il finit par faire. Ben oui, la partie de flipper était finie.
Colombina est une petite coquine. Pire que Chiara sa sœur aînée. Avant même que nous ayions pu nous approcher de tonton Romano, elle était là, devant lui, se composant la bouille la plus choupinette possible et disant :
- Dis, m’sieur, j’peux essayer le paradibulle ? Mes parents m’ont dit que je pouvais.
Romano avait vite reconnu la fille des cousins de sa femme. Eh oui, Iléana est à la fois la cousine de son père Patrizio et celle de sa mère, Elvia, dont Colombina a hérité ses oreilles d’elfe.
- Il faut une autorisation des parents pour aller au paradibulle, à ton âge, répondit-il. En leur absence, je ne peux pas te laisser y aller.
Colombina joua si bien la comédie du dépit (fallait voir sa mine soudain toute attristée), qu’il se laissa attendrir.
- Bon, bon, d’accord, vas-y.
Il avait dû se dire qu’après tout c’était lui le patron, et que Colombina était de sa famille, donc il pouvait bien, lui, lui donner l’autorisation. Colombina ne se le fit pas dire deux fois.
- Chouette ! Merci m’sieur !
Tosca et moi, on s’est engouffrées dans la brèche.
- Et nous, et nous ! On peut essayer aussi tonton Romano ? On en meurt d’envie !
(enfin surtout moi, parce que Tosca, elle, faisait sa timide…)
Comment Romano aurait-il pu dire non à deux grandes filles comme nous, alors qu’il venait de dire oui à une petite ?
- Bon, ok, mais juste un moment, hein… le contrôleur doit bientôt venir faire ses tests sur le produit.
Bah ! Le contrôleur, c’était mon père, alors… qu’il vienne, on lui dirait que tonton Romano nous avait autorisées à essayer ! C’est donc avec une grande excitation que je me suis approchée de cette chose étrange mais très belle dont j’avais tant rêvé depuis mon enfance.
Le paradibulle ! Certains mômes rêvaient de voyager en tapis volant, d’autres de devenir astronautes, d’autres encore de voir arriver le prince charmant sur son cheval blanc et tout un tas de machins dans le genre. Eh ben moi je rêvais du paradibulle, na ! J’allais vivre le moment le plus attendu, le plus espéré de toute ma vie ! L’aboutissement de longues années de patience ! J’allais réaliser mon rêve, quoi. Tambours et trompettes, tintamarrez ! Moi, Isotta Colino, j’avais obtenu ce que je désirais le plus au monde ! Aucune autre fille ne pouvait être plus heureuse que moi en cet instant. Oh là là ! J’en avais même le trac. Allais-je oser m’asseoir sur ce joli petit tapis rose ? J’en avais les jambes tremblantes.
Bon eh ben euh… hem… Quant faut y aller, faut y aller. Je n’allais pas caler à l’entrée du paradis, pas vrai ? Cérémonieusement, j’ai posé mes fesses sur le petit tapis, comme si ça avait été un tas d’or et que j’étais une princesse ne voulant pas froisser sa robe. J’avais des fourmillements partout, des pieds à la tête, un tourbillon dans le ventre, des gargouillis, et tout… Eh ben dis donc ! Quel effet il faisait ce machin ! Avant même d’avoir goûté au produit, on avait déjà des sensations. C’était pas comme au cinéma où on restait là, bêtement assis sur son fauteuil, à attendre que ça commence ! Mais que fichait donc Tosca ? Elle était partie aider Colombina à s’installer sur son propre bidule. Il y avait en effet des parabidules... pardon, des paradibulles réservés aux mômes.
- Bon alors tu viens, oui ou non ?
- Oui oui, j’arrive ! Commence sans moi !
- Tu plaisantes ? J’ai attendu ça toute ma vie, alors j’ai pas envie de commencer sans toi !
Elle est enfin arrivée, s’est installée elle aussi et on s’est lancées. Allez zou c’est parti. Aspirons le produit magique. Va savoir avec quoi c’est fait, ce truc-là. Il y avait eu tant d’histoires, autrefois, avec ce produit, puisqu’il avait même été interdit, qu’on pouvait espérer que maintenant c’était vraiment sans danger. De toutes façons j’en avais rien à faire, j’avais toujours voulu essayer, même juste une fois, donc…
Au début je n’ai rien ressenti. Que dale. J’aspirais bêtement, j’avais l’impression d’être dans un pré plein de fleurs, ça sentait bon, ça faisait plein de vent dans la tête (je ne sais pas comment décrire ça autrement). Ça chatouillait les narines, ça me donnait envie de rire, c’était déjà ça. Mais à part ça, rien. Le néant. Mince alors. C’était donc seulement ça ? Alors j’avais attendu toutes ces années pour tout juste respirer un parfum de fleurs ? Quelle arnaque ! On est volées ! Remboursez ! Autant aller à la campagne, chez mon papy Roméo, dans son jardin !
Et puis soudain c’est venu. J’étais en train de regarder Tosca, pour voir ce qui se passait chez elle, et… oooh…. Au secours ! Je m’envole ! Maman ! Qu’est-ce qui m’arrive ! Je ne touchais plus terre. Je planais. Bon sang c’était donc ça le paradibulle. Nom d’un chien ! C’était, euh… comment dire ? Ben je flottais, quoi, j’ai pas d’autre mot. J’étais bien, là-haut, je me sentais légère, légère, comme un oiseau…. J’étais euphorique ! Youpla boum !
Près de moi, Tosca aussi était dans les vaps. Elle riait toute seule, sans raison. Sûr qu’elle avait oublié ses bouquins et son télescope. Mais ma présence d’esprit n’avait pas tout à fait mis les voiles, elle, et je me suis dit que si quelqu’un nous voyait là, il nous trouverait ridicules. Et mon père qui devait arriver d’un instant à l’autre ! Oh là là ! Un peu de tenue, ma vieille ! Faudrait pas qu’il te trouve dans cette position, les jambes en l’air ! Tonton Romano veillait à la porte. Soudain il nous a fait signe, puis il a appuyé sur un bouton pour stopper le mécanisme du paradibulle. Et boum ! Nous sommes retombées sur terre. C’était fini.
Après ce grand moment, le tout premier de mon adolescence (la preuve que c’est très sympa, l’adolescence !), j’ai fait signe à Tosca et on s’est éclipsées par une porte dérobée, comme les stars cherchant à fuir le flot des admirateurs. Sauf que là je cherchais à éviter mon père venu faire son contrôle, c’était vachement moins glamour. Pour lui, le paradibulle, c’était un boulot, alors que pour moi c’était un plaisir. Ça oui ! Mais jamais je ne pourrais en parler à la maison. J’aurais l’air de quoi si je disais à mes parents : « je me suis envoyée en l’air cet après-midi » ? J’imaginais leurs têtes.
Quant à Tosca, je savais qu’elle non plus ne dirait rien chez elle. Encore son côté sage. Pourtant, franchement, elle, elle aurait pu. Tonton Yoyo n’avait-il pas fait pareil à notre âge ? Et avec le produit défendu, en plus ! Nous, nous avions testé un produit autorisé ! Qu’est-ce que ça devait être à l’époque ! Tiens, je demanderais à tonton Yoyo de nous en parler. En attendant, je ferais bien de me grouiller pour ne pas rater le dernier bus. Ici, après vingt heures, il n’y en a plus. Véronaville, quel coin paumé ! J’ai commencé à me demander si je passerais toute ma vie dans ce trou.
12/09/05
2. Emotions et scoops à gogo
Il fallait s’y attendre, tout Véronaville (ou presque) fut bientôt au courant de notre virée au Paradibulle. Va savoir comment c’est arrivé. Tosca me jura qu’elle n’avait rien dit. Tonton Romano non plus. Là j’étais moins sûre, il en avait sûrement parlé à tata Iléana, dans un couple de jeunes mariés, on se dit tout, non ? Mais jamais Iléana n’aurait cafté, oh non, pas elle ! Elle avait sûrement fait des trucs de ce genre, elle aussi, à la fac !
Restait la petite Colombina. C’est bien connu, les lutins sont bavards et spontanés. Oui, c’est elle qui finit par tout raconter à son père. Et comme son père est le frère de pas mal de monde, n’est-ce pas, à commencer par tonton Yoyo… Ben tonton Yoyo téléphona un soir à mamie Juliette et à Mercutio. Ses parents, quoi. Ceux qui autrefois avaient tout fait pour l’empêcher de se dévergonder au Paradibulle.
- Tosca et Isotta sont allées à la discothèque, leur dit-il. En secret. Elles n’en ont rien dit à personne et je l’ai appris par quelqu’un d’autre. Je fais quoi, moi ? J’interdis ma fille de sortie et je dis à Fiorella de faire de même avec la sienne ? Si elles commencent à nous cacher des choses, à faire des trucs dans notre dos…. A leur âge… Ça ne me plaît pas du tout !
Sur le coup, mamie Juliette et Mercutio n’ont pas trop su quoi lui répondre et ont dit qu’ils en parleraient entre eux. Mamie était un peu chiffonnée. C’était presque pire que si ses deux petites-filles avaient fait le mur.
- Tu te rends compte ? dit-elle à Mercutio. Romano n’a pas osé leur dire non. Cette discothèque est trop proche des magasins où traînent les filles de leur âge ! Cela leur donne forcément des idées !
- Où est le problème puisque le paradibulle est maintenant autorisé ? répondit Mercutio. Romano ne les a laissé y aller que parce qu'il a la permission d’accepter les adolescentes. Il n’aurait jamais fait quelque chose d’interdit. Ce serait un coup à récolter une amende, voire une interdiction d’exercer. La loi est très stricte sur le sujet.
- Bien sûr, mais…
Mamie avait décidément du mal à s’y faire, alors Mercutio a senti qu’il y avait autre chose là-dessous.
- Qu’est-ce qu’il y a, ma chérie ? Pourquoi ça te tracasse à ce point ?
- Je ne sais pas trop. Je suppose que j’ai peur pour elles. Peur qu’elles s’abîment, ces chères petites, elles sont jeunes, belles, fraîches comme des roses, ça m’ennuirait qu’elles se laissent tenter par les paradis artificiels qui les détruiraient. Souviens-toi, c’était pareil avec Benvolio…
- Je m’en souviens très bien. Aucun doute là-dessus. Mais aujourd’hui il ne s’agit plus de drogue, c’est un simple parfum tout à fait inoffensif qui crée une illusion bien innocente et sans conséquence. La preuve, c’est même autorisé aux enfants. C’est contrôlé toutes les semaines par Gemma, Claudio et son équipe où figure le père d’Isotta. Ça n’a rien à voir avec ce qui s’est passé il y a vingt ans, pour Benvolio.
- Tu me le jures ? Elles ne risquent vraiment rien ?
- Je te le jure. Tu sais bien que je ne mentirais pas, pas à toi, Juliette. Et pas au sujet de nos petits-enfants.
Mamie fut rassurée. Ça se termina par un bisou. Ah qu’ils étaient attendrissants, tous les deux, toujours aussi amoureux ! Bien sûr je n’étais pas là pour voir ça, c’est mamie qui me raconta tout par la suite.
Elle me disait souvent qu’avec lui, elle ne se sentait pas vieille, elle était toujours une jeune fille. Ah quel romantisme ! Rien que pour ça je rêvais moi aussi de vivre une belle histoire d’amour, comme la leur. Mais avec qui ? Ah ah ! That is the question ! Enfant, j’avais choisi Auréliano, mais c’était mon amour d’enfant, maintenant j’étais ado !
Mes chéris d’antan sont eux aussi devenus grands. Voici Antonino (Tonino pour les intimes), le jour de son anniversaire. Son cadeau : un kilt ! Drôle d’idée qu’ont eue là ses parents. D’accord, il doit aller en voyage linguistique en Grande-Bretagne pour améliorer son anglais, mais il aurait préféré autre chose. Du coup, comme Tosca et moi, il est allé s’acheter d’autres fringues dès le lendemain. Mais contrairement à nous, il n’est pas allé fureter du côté du paradibulle. Qu’ils sont sages, nos copains ! En tout cas celui-là ! Quand je lui ai posé la question à propos de ce paradibulle (« Alors ? Alors ? T’y es allé aussi ???), il m’a simplement répondu : « Ben non, pourquoi ? ». Il s’en fichait complètement. Allons bon. Serais-je la seule à me passionner pour ce truc-là ? Mamie n’aurait plus de souci à se faire !
De son côté, Andrea (souvenez-vous, celui qui est très bavard, que j’avais rencontré chez Mercutio et mamie Juliette), a décidé qu’il est trop moche pour se balader ailleurs que chez les membres de la famille. Il a donc pris l’habitude d’être fourré chez Chiara qui joue les confidentes dans le bain à remous, après les heures de classe.
Pour sûr, il n’a pas été très gâté par la nature. Il a comme ses aînés le long nez des Montecchi. D’accord ce n’est pas un très beau nez, mais ça n’avait pas empêché papy Roméo d’être un tombeur dans le temps, d’emballer mamie Juliette à l’âge qu’a Andrea aujourd’hui. Ça n’avait pas non plus gêné Mercutio qui après un premier mariage avait épousé à son tour ma mamie, devenue folle amoureuse de lui. Quant à tonton Yoyo, leur fils, détenteur lui aussi du nez en question, il a épousé une superbe actrice qui a cessé sa carrière pour lui ! Alors quoi ?
Alors Chiara a fini par en avoir marre de voir son cousin Andrea se désoler pour un simple nez.
- Enfin mon vieux, il y a des nez pires que le tien ! lui répèta-t-elle ce jour-là. Regarde Cyrano de Bergerac !
- C’est qui celui-là ? bougonna Andrea, pas très porté sur la culture générale.
- Un type qui a lui aussi un long nez… oh et puis zut ! Arrête de gémir sur ton physique !
- C’est facile à dire quand on est une fille canon !
Il n’avait pas tort. Comment Chiara pouvait-elle comprendre ce qu’il ressentait ? Elle-même était en effet la fille la plus canon de Véronaville, à tel point qu’elle pouvait se permettre toutes les fantaisies. Elle n’avait jamais porté de couettes à rubans pendant son enfance mais elle s’en donnait maintenant à cœur joie pour respecter la tradition des elfes qui consistait à dégager ses oreilles pour qu’on les voit. Ah ben c’est sûr, les oreilles pointues, c’était très original, ça ajoutait à son charme ! Rares étaient ceux qui ne lui tournaient pas autour à l’école. Elle s’en fichait, elle avait autre chose en tête : notre blog que nous avions baptisé « le journal de Véronaville ». ça faisait un peu pompeux comme titre, mais c’était bien représentatif de la réalité : Tosca, elle et moi, on racontait ce qui se passait autour de nous. Et ce jour-là, Chiara essayait de convaincre Andrea d’y participer aussi.
- Alors ? On peut compter sur toi ? lui demanda-t-elle. Tu pourrais prendre des photos, nous aider à faire les articles, rencontrer les témoins de tel ou tel évènement…
- Ah non ! J’suis trop moche ! Pas question d’aller voir les gens !
Grrr… Chiara l’aurait bouffé. Comme si se désoler sur son physique pouvait l’aider à se sentir mieux dans sa peau ! Elle pensait au contraire qu’en rencontrant du monde, en se frottant aux choses de la vie, il finirait par oublier ses complexes. Observer et décrire la vie des autres, se rendre compte qu’eux aussi avaient leurs ennuis, parfois plus graves que les siens, lui aurait fait comprendre que la vie ne se résumait pas à un nez trop long ! D’ailleurs, être beau n’empêchait pas d’être parfois malheureux comme tout le monde. Ce n’était pas une garantie de bonheur. Mais Andrea n’en démordait pas. Pas question d’aller montrer son pif aux voisins.
- Mais ils s’en fichent, de ton pif, ils verraient en toi un reporter, rien d’autre ! insista-t-elle.
Mais il a aussi hérité d’une autre caractéristique de la famille Montecchi : il est borné. Quand il dit non, c’est non. Ah là là, quelle famille !
Eh ben tant pis, me suis-je dit, on va se débrouiller sans lui ! Ce dimanche-là, à la maison, entre deux devoirs pour l’école, j’ai rédigé des articles pour le blog. J’avais pris l’habitude d’envoyer mes brouillons à Tosca et Chiara, par mail, pour qu’elles me disent ce qu’elles en pensent et qu’elles corrigent les fautes s’il y en avait. Ouais, c’était un vrai travail d’équipe, un travail entre filles. La seule chose qui me gênait, c’était de travailler sur ce vieil ordi. Je rêvais d’un portable avec écran plat qui ferait « dzzzz » quand on l’ouvrait ou qu’on le fermait. Ça finirait peut-être par arriver, parce que Tobia, mon frère, était devenu un grand garçon qui allait à l’école primaire, faisait lui aussi des choses sur l’ordi, des devoirs, des jeux, tout ça, sans compter papa et ses analyses. Un seul ordi dans la famille, ça n’allait pas du tout, on allait finir par se taper dessus ! Et puis je rêvais de bosser dans ma chambre, moi, au lieu de faire ça au milieu du salon à côté du gâteau du dimanche !
J’étais justement en train de finir un article, quand Tonino est venu me voir. Il faisait une drôle de tête.
- J’ai un formidable sujet d’article pour toi.
- Ah bon ? Dis-moi vite, je m’en occuperai tout à l’heure, là il faut que je sorte, je vais chez mon papy Roméo, voir Auréliano. On va faire un flipper en ville.
- Pas la peine d’y aller, il n’est pas chez lui aujourd’hui. Il vient de me téléphoner.
Ah ? C’est vrai qu’ils avaient toujours été très copains, ces deux-là.
- Il n’est pas chez lui ?
- Non. Figure-toi que Boutondor a failli mourir.
- QUOI ?
Quelle affreuse nouvelle ! Je ne pensais pas au sujet d’article, mais à elle, Boutondor, la femme de mon papy. C’était aussi une amie pour moi depuis le jour où je l’avais aidée à choisir sa robe de mariée.
- Mamma mia ! Qu’est-ce qui s’est passé ?
J’en pleurais presque !
Il me raconta que Boutondor était tombée malade la semaine précédente. Un gros rhume qu’elle n’avait pas vraiment soigné, elle avait cru que ça s’arrangerait tout seul. Elle avait trop de boulot chez Muxis pour se mettre en arrêt maladie. Alors elle avait continué à mener la même vie qu’avant, à sortir faire des courses et tout. Mais ce dimanche matin, elle s’était sentie vraiment mal et s’était évanouie dans la salle de bains. Là, mon papy Roméo avait eu très peur. Il voyait bien qu’elle allait très mal. Mais son ancien métier d’ultra-sim lui avait appris à ne jamais perdre son sang-froid. D’abord, il lui a fait les soins d’urgence, y compris le bouche à bouche, ça n’avait pas dû être trop difficile pour lui, son mari. Ensuite il a téléphoné à un médecin.
- Faites vite ! a-t-il dit devant Auréliano affolé, mais paralysé par l’émotion. Faites vite ! Elle est très faible, je suis très inquiet.
Le médecin est arrivé quelques minutes après. Il a dû mettre Boutondor sous perfusion et la faire conduire à l’hôpital en ambulance. Il l’a sauvée mais c’était grâce à l’intervention rapide de mon papy. Tonino ajouta que depuis, toute la famille Songedété et tous les amis de Boutondor se bousculaient à l’hôpital pour la voir. On avait eu chaud, très chaud. Mais le médecin avait juré à mon papy qu’elle était tirée d’affaire. Elle devait juste se reposer et suivre à la lettre le traitement donné.
Mamma mia ! Que d’émotion ! Impossible pour moi d’en faire un article tout de suite, cela me touchait de trop près. J’ai d’abord voulu revoir Boutondor et m’assurer qu’elle était vraiment hors de danger. Ce fut fait le dimanche suivant. Elle venait de rentrer chez elle et me raconta tous les détails du drame. En l’écoutant, j’étais stupéfaite. Elle avait bel et bien échappé de peu à la mort ! D’ailleurs elle était encore assez pâle et sensée garder la chambre, mais le temps de ma visite, elle avait fait une petite entorse au règlement médical.
- C’est grâce à ton grand-père que je suis encore en vie, rappela-t-elle avec émotion en le couvant du regard (aaah ! que c’est beau l’amouuur !)
Mais papy refusa son rôle de héros, il assura qu’il avait été là au bon moment, c’est tout… Qu’il n’avait fait que son devoir, facilité par son ancien métier…
- Enfin papy c’est tout de même toi qui l’a sauvée ! lui ai-je dit.
A son tour, Boutondor le gronda :
- Isotta a raison. Cesse de faire le modeste. Tu vois, ajouta-t-elle (ce qui me fit pouffer de rire), pour un fossile, tu es encore bon à quelque chose.
Ça c’était bien dit ! Qui avait osé dire que les vieux n’étaient bons à rien ! D’ailleurs il n’était pas vieux, mon papy, enfin pas tant que ça, il tenait la forme ! C’était même lui qui entretenait tout le jardin. Grâce à lui, la maison était l’une des plus fleuries et des plus jolies de la banlieue de Véronaville. On pouvait penser que c’était pas terrible de finir simple jardinier dans une maison de campagne quand on avait commencé ultra-sim, grand chef de la police, tout en faisant rêver toutes les femmes de Véronaville qui voyaient là l’homme le plus séduisant que la terre ait jamais porté. Mais mon papy se fichait de ces considérations-là. Question ultra-sim, il avait donné, il était content de pouvoir vivre tranquille. Pour ce qui était des femmes, eh ben il en avait une pas trop mal à la maison, il restait copain avec ma mamie, la mère de ses enfants, ça lui suffisait largement. Non il n’avait pas envie de postuler au titre de « super-papy », celui qui faisait rêver toutes les mémés de la région avec ses cheveux blancs bien lustrés et son teint bronzé. Rien à cirer. Il préférait ses fleurs, sa tondeuse à gazon, sa petite famille et les petits plats qu’il préparait. Ouais ! Il avait raison, non ? Ben oui, forcément, il était génial, mon papynou !
Vous pensez bien qu’Auréliano ne me laissa pas quitter la maison comme ça. Il m'appela du jardin :
- Hé ! Tu viens dans le bain à remous ?
Ma foi… Ce bain à remous était un autre truc dont j’avais rêvé depuis l’enfance. Pas autant que du paradibulle, mais presque. J’avais souvent vu mes parents avec des mines ébahies quand ils avaient passé une heure là-dedans, à la maison, au fond du jardin, loin des regards. Chaque fois je m’étais demandée ce qu’ils avaient bien pu trafiquer dans cette eau bouillonnante. A l’époque, il y avait certaines choses que je ne savais pas, les histoires d’abeilles butinant les fleurs etc… tout ça m’échappait, j’en étais toujours à la petite graine placée dans le ventre de la maman (mais comment était-elle arrivée là ? Mystère et boule de gomme), donc forcément je ne pouvais pas comprendre.
Mais maintenant je savais. A l’école, en sciences naturelles, on nous avait raconté tout ça. Disons qu’on nous avait expliqué les grandes lignes. Les détails, c’était pas encore très clair.
Eh ben j’ai eu comme l’impression qu’a présent j’allais aborder les travaux pratiques... du moins les premiers exercices préparatifs…
Auréliano a beaucoup changé depuis l’enfance. Il est devenu… comment dire ? Enfin c’est plus pareil. J’étais à peine entrée qu’il me mit un bras autour des épaules et me susurra des choses à l’oreille.
- ça me fait plaisir que tu sois venue. J’ai eu si peur dimanche dernier ! Heureusement, dès que tu arrives, toute la maison me paraît plus gaie…
Mais c’est qu’il avait l’intention de profiter de l’émoi général, le bougre ! Il n’attendait qu’une chose, se faire dorloter ! Et moi comme une idiote, je me suis fait avoir.
- Pauvre de toi, t’as dû avoir une de ces frousses !
- Oui, j’ai passé deux nuits sans dormir. Tu ne trouves pas que je suis encore un peu pâle ?
- Meuuuuh non, t’as très bonne mine au contraire ! ça doit être grâce au bain à remous !
- Non non, c’est grâce à toi.
Et vas-y que je te passe la pommade… Le truc classique... et ça ne faisait que commencer. Juste après, il me murmura tout bas :
- Tu sais, tu es devenue vraiment très jolie.
- Parce qu’avant j’étais moche ?
(Ouais je sais, je suis susceptible. On est italienne ou on ne l’est pas).
- Mais non ! Allez, détends-toi ! dit-il. Ça te dirait, un petit massage ?
Ben voyons. Un massage ! Bon. Pourquoi refuser ? Il n’y avait rien de mal à ça, pas vrai ? Surtout fait par un copain, un garçon que je connaissais depuis l’enfance. J’avais même décidé, ici-même, dans ce jardin, qu’il serait mon mari plus tard. A l’époque ça m’avait paru très sérieux et très important, mais maintenant… j’avais grandi, je voyais là un jeu d’enfants. Qu’est-ce qui me prouvait qu’Auréliano, lui, avait encore envie de respecter ce serment ? Peut-être qu’il n’y pensait plus, après tout, que pour lui aussi ça n’avait été qu’un jeu. J’étais bien avec lui, c’était mon pote, c’était ça le plus important.
Mais soudain pendant qu’il me massait le dos (ah que c’était bien !), j’ai senti qu’il se passait quelque chose. C’était pas pour rien si, enfants, on avait décidé de se marier plus tard. J’avais toujours aimé ce garçon. Eh bien voilà, je l’avais trouvé mon amoureux, celui dont je rêvais pour vivre la même histoire d’amour que mamie Juliette et son Mercutio. C’était Auréliano. Au fond je l’avais toujours su. En plus, qu’est-ce qu’il massait bien ! Il pourrait ouvrir un salon de relaxation, ça marcherait au petit poil ! Isotta et Auréliano, quel chouette titre pour un beau roman d’amour, non ?
Du coup j’étais toute remuée, je savais plus quoi dire. On est restés là, les yeux dans les yeux, comme de vrais amoureux, dans les films romantiques. Mais je ne jouais pas, j’y étais vraiment. J’avais trouvé mon Roméo. On ne pouvait pas dire qu’il était vraiment beau, mais quelle importance ? Si Andrea avait été là, il aurait eu la preuve qu’avoir un nez pas terrible n’empêchait pas de plaire aux filles. J’avais toujours connu Auréliano avec ce nez-là, alors je n’y faisais plus attention. Ce que je voyais, c’était son regard, la lumière dans ses yeux, la complicité qui nous liait depuis si longtemps, sa douceur, sa joie de vivre… enfin plein de trucs, quoi. Tout sauf son nez ! Au bout d’un moment j’ai dit tout bas :
- Dis, tu te souviens du mariage de mon papy avec Boutondor, quand on a dit qu’on se marierait plus tard toi et moi ?
- Bien sûr que je m’en souviens. Mais euh… on a encore le temps d’en arriver là, pas vrai ?
- Ben ouais ! Mais je voulais juste savoir si tu t’en souvenais !
- Oh oui, j’y pense chaque fois que je suis dans ce jardin.
Sans blague ? Alors il devait y penser souvent puisqu’il aidait parfois mon papy à jardiner. Bon. Tout allait bien. C’était bien parti, notre affaire. Jusqu’ici ça se passait comme sur des roulettes.


































