493

Si, bien sûr, c’était le plus beau bébé, d’autant qu’elle avait bien failli ne pas naître ! Tout à la joie d’unir nos familles, nous n’avions pas pensé un seul instant qu’Elvia pût avoir hérité des risques liés à la grossesse chez les Songedété : n’était-elle pas la petite-fille de Titania uniquement par adoption ? Et non par véritable filiation ?


Or, si Titania a adopté Puck et Boutondor, c’est justement parce qu’avoir un enfant comportait chez elle un danger de mort. Exactement ce qui se passa pour Elvia. Un soir, peu après le début de sa grossesse, la Faucheuse vint rendre visite à ma belle-fille. Pauvre Elvia ! Prise entre les griffes de la mort, évanouie, agonisante,  elle ne dut son salut qu’à l’intervention implorante de Patrizio. C’est  lui qui la sauva. Depuis, Puck et Hermia, qui l’ont toujours apprécié, voient maintenant en lui un véritable fils. Moi, bien sûr, je suis très fier de lui. Jamais nos familles n’ont été si unies !

Mais ce malheureux évènement a relancé les hypothèses sur les origines de Puck : n’est-il vraiment que le fils adoptif de Titania ? Malheureusement, elle n’est plus là pour le lui dire. La vérité, si elle l’a connue, elle l’a emportée dans la tombe. De son silence, nous ne pouvons conclure qu’une chose : elle n’a probablement rien su.

494

Patrizio et Elvia, eux, continuent leur vie sans plus s’inquiéter des éventuels secrets de famille de Titania. Tout va bien maintenant pour eux. Ils espèrent même un second enfant dans quelques temps. La petite Chiara est maintenant une adorable bambine faisant notre joie à tous. Et regardez bien ses oreilles : des oreilles d’elfe ! Comme sa mère, comme Puck ! Mon fils a pour enfant une petite lutine ! Je suis le grand-père d’une elfe !

J’en suis fier,  reconnaissant envers Puck et sa fille. Grâce à Elvia, la famille Montecchi compte maintenant dans ses rangs une nouvelle race de petits sims. Pour moi c’est un enrichissement de nos propres gênes. C’est la preuve que les Montecchi sont ouverts aux autres, au monde. J’en suis extrêmement honoré et réjoui. Je n’ai qu’une hâte à présent : voir grandir Chiara et devenir son meilleur ami, la voir épanouie, entourée de ses deux parents, de ses deux grands-pères. Jamais elle ne manquera d’affection, ni aucun de mes autres petits enfants, du reste.

495

Pourtant, question affection aux petits-enfants, plus le temps passe, plus nous avons à faire ! Voilà pourquoi nous ne nous ennuyons pas ! Fidèle à l’idée selon lequel les jumeaux font tout en même temps, Claudio emboîta le pas de son frère et Stella donna naissance à un petit Andrea dont les babillements et les pleurs animérent l’hacienda. Encore un petit-fils, le troisième. Décidément, le nom des Montecchi n’est pas prêt de s’éteindre, contrairement à celui des Capuleti qui, lui, n’est plus que de l’histoire ancienne depuis la mort de Tybalt.

Mais à présent le petit bonhomme a grandi et, bien sûr, ses parents travaillent. Aussi, devinez qui s’y est collé pour lui apprendre à marcher et lui lire des histoires ? Si on m’avait dit qu’à mon âge je devrais m’y remettre… cela me rappelle bien sûr quelques souvenirs. Si, à l’époque, j’avais déjà été attendri et heureux de m’occuper ainsi de mes enfants, je le suis plus encore avec Andrea. Etre papy est un bonheur de tous les instants. J’en viens presque à souhaiter que Claudio et Stella aient des heures supplémentaires à faire au boulot.

496

Mais bien sûr cette revue de détail ne serait pas complète sans évoquer le destin de Benvolio. Pour lui aussi, il y a bien des choses à dire….et non des moindres, comme vous vous en doutez. Après l’université, il prit ma suite chez Muxis, comme Juliette l’avait toujours souhaité. Allié à sa formation en économie, notre soutien l’aida à être opérationnel tout de suite. Il eut même beaucoup de zèle, se plongea corps et âme dans son travail, s’y consacra totalement au point d’oublier parfois que la vie ne s’arrêtait pas là. Nous en étions même un peu inquiets : les années passaient mais, contrairement à sa sœur et ses cousins, il ne parlait ni de se marier, ni de fonder une famille. On lui connaissait bien quelques petites amies, mais aucune n'était  assez proche de lui pour espérer une bague de fiançailles.

Comme il refusait qu’on se mêle de ses affaires, nous avons fini par penser qu’il était simplement méfiant : ses relations houleuses avec Béryl, à l'adolescence, lui avaient fait comprendre que certaines filles ne s’intéressaient qu’à son argent. Il faut bien l’avouer, ç’avait été le cas de Béryl. Depuis, la jeune femme a jeté son dévolu sur Luchino mais celui-ci, devenu comédien à succès, a autre chose en tête que la vie de famille.

497

Puis soudain, alors qu’on n’y croyait plus, Benvolio se mit en ménage avec une jeune femme. Et pas n’importe laquelle ! Il était tombé amoureux de la célèbre Clarissa Carpentieri, jeune actrice qui avait séduit toute l’Italie dès ses premiers rôles au théâtre et au cinéma. Rien que ça ! Elle a d’ailleurs été la partenaire de Luchino dans son dernier film et c’est grâce à lui que Benvolio l’a rencontrée. Bien vite, il vit en elle la femme de sa vie, celle qu’il avait toujours cherchée. Pour elle, il rénova le ranch Montecchi, fit construire une piscine dans la cour, à l’abri des paparazzi qui pourchassaient sans arrêt Clarissa. Pour une fois, Benvolio ne s'était pas demandé si cette fille-là en voulait ou non à son argent. Il l’aimait, point final. Elle aussi apparemment : les doux yeux bleus hérités de Juliette avaient encore frappé.

498

Ils se marièrent, chez eux, dans le jardin. Nous étions tous là.  Pour l’occasion, Luchino délaissa même quelques heures le tournage de son dernier film. Sa coiffure violette fit sensation sur les invités. Et quelle fierté pour tous nos amis et voisins d’assister en personne au mariage de la célèbre Clarissa ! On en oublia presque que le marié s’appelait Benvolio Montecchi et est l’héritier de Muxis, la plus grosse entreprise de jeux vidéo au monde. Et oui, il était l’heureux élu, avait arraché Clarissa à ses nombreux prétendants, autrement dit, avait emporté la mis ! Il était tout ému dans son costume. La mariée, elle, éblouit tout le monde dans sa robe de grand couturier. Quel beau couple ! Quelle belle promesse de bonheur pour Benvolio ! Ce jour-là, Juliette, Roméo et moi avons été très soulagés : enfin, il était casé. Ce mariage était la preuve qu’il allait bien. D’ailleurs, pourquoi irait-il mal, je le vous le demande ?