04/11/05

 

Sans_titre_4

aimer

Avant d'aimer écrire cette histoire, j'ai aimé jouer avec ces sims,
dans ce quartier qui est, et restera, mon quartier fétiche.
Tout ce qui existe dans cette histoire a été créé sans triche,
sans codes et presque sans hacks, simplement en jouant, en faisant vivre mes sims
et en créant une vie de quartier, tout au long de 5 générations.

Nombre d'évènements et rebondissements de ce récit
m'ont été inspirés par le jeu lui-même et par les différentes péripéties et bévues
de la joueuse débutante que j'étais en cette fin d'année 2004, peu après l'arrivée des Sims 2.
Quand j'ai décidé d'en faire une histoire,
je n'ai eu qu'à organiser l'apparition
de ces divers évènements selon la chronologie idéale
afin de créer tout le suspense souhaité !
Je n'ai donc pas joué pour "faire une histoire", j'ai joué et puis... l'inspiration est arrivée !

D'abord mise en ligne sur le forum du site officiel français des Sims 2,
au début de l'année 2005, dans la partie "chroniques",
cette histoire a été transférée ici, à l'automne 2005, alors que sa suite,
"Véronaville, la vie continue", était en cours de réalisation.

Là-bas, les  photos apparaissaient en trous de serrures, donc peu visibles.
Et je n'imaginais pas alors que, par la suite, je mettrais tout cela sur blog.

Cela reste pour moi un excellent souvenir, et je conserve toute mon
affection à Véronaville, plus de dix ans après, et à ses personnages.

C'est Mercutio, le frère de Roméo, qui raconte.
Au fil des épisodes, vous allez comprendre pourquoi.
Bonne lecture,

~ Phinae ~

 

Important :

Vous n'avez pas le droit de copier cette histoire sur un autre blog, site,
ni nulle part ailleurs, ni les textes, ni les photos.
Ce serait du vol, et c'est interdit par la loi.

D'autres ont tenté de le faire mais ont rapidement été punis
par fermeture ou censure définitive de leur blog et/ou compte par l'hébergeur concerné.

Ce message n'est pas donc pas ici pour faire joli,
mais pour vous informer, concrètement.

Vous aimez cette histoire, respectez-la : ne la volez pas.

 

Page copy protected against web site content infringement by Copyscape

Posté par ca_mi_phi à 19:07 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

11/11/05

titreepisode1

0000a

Mon nom est Mercutio Montecchi.

J’ai peu de souvenirs de mon enfance. Mes parents, Claudio et Olivia, sont morts quand j’étais tout môme. Peut-être est-ce la raison pour laquelle j’ai enfoui loin dans ma mémoire cette période. C’est comme si elle n’avait jamais existé. On raconta d’ailleurs à mon sujet que j’avais mal grandi, ce qui voulait dire que je n’avais pas eu, dans mes premières années, tout ce que j’étais en droit d’espérer de la vie. Mais si, après ce que viens de dire, ce n’est pas tout à fait faux, ce n’est pas tout à fait vrai non plus…

v21

En effet, mon frère Roméo et moi avons eu la chance d’être recueillis et élevés par nos grands-parents, Patrizio et Isabella, dans leur vaste ranch, au nord de Véronaville.

Le ranch était le fruit de la réussite professionnelle de Patrizio. Il avait fait fortune dans l’élevage de lamas. Cela peut paraître incroyable en pleine Italie, loin des contrées où vivent généralement ces animaux, mais c’est la vérité !

v3

Ils étaient sympas, tous les deux. Paisible retraité, Patrizio avait décidé de rester dans le coup et, pour nous faire plaisir, allait jusqu’à s’adonner à la culture physique. Peut-être espérait-il ainsi perdre quelques-uns des kilos en trop accumulés au fil des années à cause des bons petits plats d’Isabella, madame cordon bleu en personne.


En voyant son époux reprendre une activité sportive, celle-ci resta tout d’abord sans voix. Tout ça n’était plus de son âge, disait-elle. Mais en constatant qu’il persévérait, mieux, qu’il y avait pris goût, elle se sentit obligée, elle aussi, d’enfourcher cette machine barbare qui fait transpirer et donne des courbatures.

v4

Le soir, à table, grâce à la bonne cuisine d’Isabella, Patrizio reprenait allègrement les calories perdues sur l’appareil de muscu. Comme dans toutes les familles, les repas étaient l’occasion d’être ensemble, d’évoquer notre journée, le lycée, les études…

Bien sûr, à leur âge, nos grands-parents étaient un peu vieux jeu. Isabella surveillait nos fréquentations et nos résultats scolaires. Patrizio, lui, était très à cheval sur les principes d’honneur, de respect du nom, de la famille, l’esprit de clan…

Pour nous, tout cela ne voulait pas dire grand-chose, d’autant que nous n’avions que peu de contacts avec le reste de la famille, notre oncle Antonio, restaurateur très pris par son job, nos jeunes cousins et notre tante Bianca, élève à l’école de police. Depuis la mort de nos parents, nos seules figures familiales concrètes, au quotidien, étaient nos grands-parents. Comme ils menaient une vie apparemment sans histoires, entourés de quelques amis tout aussi paisibles qu’eux, nous avions du mal à comprendre pourquoi ces discours sur l’honneur de la famille avaient une telle importance pour Patrizio.

Posté par ca_mi_phi à 18:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

v5

En vérité, pour nous ce qui comptait avant tout c’était de vivre comme les autres adolescents, avec les loisirs et les exaltations de notre âge ! Quand nous passions la soirée à jouer aux jeux vidéo ou à regarder à la télé les matches de foot, nos grands-parents préféraient se réfugier dans leur chambre, à l’autre bout du ranch, avec un bouquin. Cela leur évitait de nous entendre hurler à qui mieux-mieux, «comme des sauvages», dixit Isabella.

v6

Et puis, un jour, pour Noël, Isabella m’offrit un ordinateur et un abonnement à internet complété d’une liste des sites les plus courus sur des sujets aussi passionnants que les maths, la littérature et tous ces machins étudiés en classe. Sans doute espérait-elle ainsi m’encourager dans mon travail scolaire en vue du baccalauréat prévu au printemps suivant. Bon, pour lui faire plaisir j’ai un peu surfé au début, mais… on ne peut pas dire que je sois devenu accro à cette machine.

v71

Moi ce qui m’intéressait, c’était plutôt les gens ! Je ne jurais que par mes copains, Puck Songedété en tête, un vrai pote !

Un simple coup de fil et il arrivait dare-dare, toujours de bonne humeur, le regard à la fois pétillant et rêveur. C’était un drôle de bougre, ce Puck, sensible, mystérieux, fascinant. Impossible de deviner sur quelle planète il se trouvait. Il disait qu’il appréciait mon énergie et ma chaleur humaine qui le ramenaient sur terre, ravivaient son soleil intérieur, réchauffaient son univers, le sauvaient du doute si souvent présent à l’adolescence. C’est vrai que nous étions très complémentaires. Il avait sur moi un effet apaisant, équilibrant. Et puis nous avions un sacré point en commun : lui aussi avait peu connu ses parents : il avait été adopté par Obéron et Titania, amis de mes grands-parents, eux aussi établis de longue date à Véronaville.


v8



Néanmoins, tandis que je délaissais l’ordinateur, Roméo, lui, s’y intéressa fortement. Au grand dam d’Isabella, il joua beaucoup, au début, à SSX3 puis à ce nouveau jeu qui faisait fureur, un truc appelé Simcity rush hour, dans lequel il simulait des embouteillages dont il devait se tirer en un temps record. Un peu maso, mon frangin. Cela avait l’air de le passionner. Moi, je trouvais que ça ne valait pas une bonne partie de flipper avec Puck sous le soleil du ranch, mais bon… chacun son truc, pas vrai ?

Posté par ca_mi_phi à 18:59 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

v9

Quand il se fut lassé des embouteillages et des klaxons, Roméo se lança dans le dialogue sur internet. Dans un premier temps, Isabella fut soulagée : c’était moins bruyant que Simcity. Mais avec qui dialoguait-il, au juste ? On disait tant de mal de ces satyres racolant les petits enfants sur internet qu’elle devint méfiante. Pas touche à son petit trésor, le fils de son propre fils ! Mais elle fut bientôt rassurée (et plutôt amusée) quand elle constata qu’il discutait en réalité avec toutes les minettes du quartier. Eh oui, si certains deviennent joli cœur en roulant des mécaniques dans la cour du lycée, lui préférait s’entraîner par écran d’ordinateur interposé ! Et même si personne dans ces conversations ne citait son nom de famille, chacun pouvait deviner facilement à qui il avait affaire : il n’y avait dans le coin qu’un seul Roméo et c’était mon frère. Tout était donc clair, transparent. Bien innocent.


Du moins, c’est ce que nous avons cru au début.

v10

Car c’est ainsi que Roméo fit connaissance avec une certaine Juliette, qui habitait à l’autre bout du quartier et qui, amusée par leurs échanges, finit par l’inviter chez elle.


Il s’y rendit avec toute l’ingénuité de ses quatorze ans. Oh malheur ! Juliette était une Capuleti, la petite-fille d’un certain Consort, dont nous avons appris peu après, Roméo et moi, qu’il était l’ennemi juré de notre grand-père. Un manitou des affaires qui tardait à prendre sa retraite et qui, disait-on, aurait trahi Patrizio par le passé, d’où une rancune tenace entre les deux hommes. Mais nous en savions peu là-dessus. Jamais Patrizio ne nous avait réellement parlé de cette histoire. Ni Isabella. C’était un sujet tabou, à tel point que nous n’avions jamais entendu parler de cette famille, a fortiori de cette Juliette. Et elle non plus n’avait jusque-là jamais entendu parler de nous ! Tout juste si elle savait que le ranch Montecchi, à l’autre bout de Véronaville, abritait un certain Patrizio que son grand-père détestait. Mais jamais elle n’avait su avant sa rencontre avec Roméo que ce même Patrizio avait un petit-fils de son âge. Quelle découverte pour elle !

v111

Ainsi Roméo venait-il de mettre les pieds en territoire ennemi. Cette maison, il l’avait souvent vue de loin sans jamais aller jusqu’à se demander qui vivait là avec Consort. Il la trouvait moche. Un vrai château hanté, digne d’un film de sorcières. On disait qu’elle était remplie de fantômes. Les voisins les entendaient rôder, la nuit, dans le jardin, certains assuraient qu’ils les avaient vus, entendus… et de ce fait aucun badaud n’osait s’aventurer devant le manoir passé dix-neuf heures. Quelle réputation maléfique elle avait, cette baraque ! Ça faisait froid dans le dos !

 

v121


Ceci dit, si la maison ne plaisait pas à Roméo, la fille, elle, fut à son goût. C’est dans la cour, en plein soleil, qu’ils échangèrent leur premier bisou. Si Isabella avait été là elle aurait rappelé à Roméo que c’était pas bien de rester là, il risquait l’insolation, même avec un chapeau. J’imagine qu’à ce moment-là, Roméo avait oublié jusqu’à l’existence de sa propre famille, alors les recommandations de mamie… n’en parlons pas.

Pardon ? Non, il n’y avait pas de balcon chez les Capuleti. Pourquoi cette question ?

Posté par ca_mi_phi à 19:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

v13

- Et maintenant, file vite, il ne faut pas que mon frère te trouve ici, dit Juliette.
- Ah bon ? T’as un frère ? s’étonna Roméo.
- Oui, il s’appelle Tybalt. Méfie-toi de lui, il n’est pas commode. J’ai aussi une sœur, Hermia.
- Sans blague ?
- Oui, nous allons tous les trois à l’école privée. 
- Ah, c’est donc pour ça qu’on ne vous a jamais vus au bahut !
- Le bahut ???
- Ben oui, le lycée, quoi…

(Oh là là… un peu gourde cette fille, se dit Roméo. Va falloir la dévergonder afin qu’elle devienne vraiment fréquentable)
- Euh… t’as le droit de sortir le soir ? ça te dirait de faire le mur ?
- Faire quoi ???
Eh ben y’a du boulot, pensa Roméo.
- Je t’appelle demain pour tout t’expliquer. T’as le droit de recevoir des coups de fil, au moins ?
- Euh… Oui oui, bien sûr…
- Bon. C’est toujours ça. Allez, ciao.

Et il s’en alla, la laissant s’interroger sur le sens de cette expression mystérieuse, «faire le mur».

v14

J’étais là quand le lendemain, comme promis, il téléphona chez elle pour tout lui expliquer. Tout en regardant le foot à la télé, je faisais le veilleur, des fois que les grands-parents retranchés dans leur chambre auraient eu l’idée de venir demander le score… ou d’aller chercher un verre d’eau à la cuisine, à côté…

J’étais en effet l’un des rares proches de Roméo à être au courant de cette amourette. Nous avions décidé de n’en parler à personne. Si Patrizio l’avait su, sans doute aurait-il réagi avec stupéfaction, voire avec colère. Il aurait dit à Roméo : «Sors avec qui tu veux sauf avec celle-là !» Pourtant, en quoi ça nous concernait, nous, les jeunes, ces vieilles histoires avec les Capuleti ? Pourquoi la jeune génération aurait-elle dû subir le poids du passé? Je trouvais ça injuste. D’autant qu’à mes yeux de «vieux» de presque dix-huit ans, il n’y avait rien de bien sérieux dans cette bluette d’adolescents… Il avait quatorze ans, elle à peine treize… des mômes, quoi… j’étais prêt à parier que tout ça finirait bien vite… pas de quoi en faire une tragédie !

v15

Pourtant le flirt dura et dura, sous mes yeux indulgents et bien sûr à l’insu de nos grands-parents. Et sous l’influence de Roméo, Juliette se mit à faire le mur et vint plusieurs fois au ranch, tard le soir. Bien sûr, chez elle non plus personne n’était au courant, Consort encore moins que les autres. Au fond, ce n’était pas pour déplaire à Roméo qui, à force d’entendre parler par Patrizio de l’honneur de Montecchi, voyait là l’occasion de venger un peu son grand-père en faisant en sorte que la petite-fille de son ennemi désobéisse à ce même ennemi. Mais Roméo était-il vraiment attaché à elle ? Je n’en savais rien. Faut pas croire, il était bien plus secret qu’il n’en avait l’air avec son sourire enjôleur et ses airs de gentil dragueur. Le fond de sa pensée, même moi je n’aurais pas pu le deviner !

v161

De ce fait, voyant que le flirt durait depuis déjà un certain temps, j’ai tenté de percer sa carapace.

- Dis donc, t’as l’air d’y tenir, à ta Juju. Me serais-je trompé sur son compte ? C’est sérieux, ou quoi ?
- Ben je… qu’est-ce que tu veux que je te dise… c’est une bonne copine…
- Mouais ! Arrête ton baratin, garde ta pudeur pour les autres ! J’estime que j’ai le droit de savoir ! Parce que si c’est sérieux, je devrais peut-être en parler à Patrizio, qui sait ? Je commence en effet à croire que tu as le goût du risque…. t’enticher précisément d’une fille Capuleti…. Il est grand temps pour moi de te sauver d’elle et de sa famille ! Si ce n’est pas moi qui le fais, qui le fera ?

Il se mit à rire. Il savait bien que jamais je ne le trahirais. Que j’en étais incapable. Il avait tellement confiance en moi !

Posté par ca_mi_phi à 19:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

v17

Et il avait raison. J’étais à la fois son confident et son meilleur ami. En tant qu’aîné, et depuis la mort de nos parents, je m’étais toujours senti responsable de lui. Par la force des choses, j’avais grandi et mûri plus vite. Je veillais sur lui avec toute l’affection d’un grand frère. J’étais très attaché à lui et si quelqu’un avait tenté de lui chercher noise, il aurait eu affaire à moi !

Sans mentir, je me serais fait tuer pour lui !

Et lui, tout naturellement, se fiait entièrement à moi, nourrissait pour moi l’habituelle admiration du cadet pour son grand frère.  Il savait bien que jamais je ne trahirais son secret. Jamais je n’irais parler à Patrizio ! Même pour l’honneur des Montecchi ! Pour moi le bonheur de  Roméo était bien plus important que l’honneur des ancêtres, enterrés depuis bien longtemps ! Quant à Patrizio… jamais il ne saurait rien, voilà tout !

v18

- Ok, continue à la fréquenter, ai-je dit à Roméo. Je serai ton ange gardien, ton garde du corps, je te défendrai jusqu’à la mort. Même si le frère de ta dulcinée vient en personne s’en prendre à toi. Ça pourrait arriver, tu sais.  Si Tybalt apprend que tu as dragué sa sœur, tout ce que tu pourras faire, c’est courir le plus vite possible ! Je me suis discrètement renseigné sur lui par l’intermédiaire de Puck. Ce Tybalt est un bagarreur, un jeune nerveux, bouffi d’orgueil. Il aime jouer au petit caïd et il ne digèrerait sûrement pas que sa sœur fréquente un Montecchi.

- Eh bien, qu’il y vienne et il trouvera à qui parler ! affirma Roméo avec toute l’ardeur (et l’inconscience) de son jeune âge. On se battra, voilà tout ! J’ai pas peur de lui, moi !

Alors nous avons simulé, pour rire, un combat pour l’honneur des Montecchi, dans lequel Roméo affrontait Tybalt. Roméo faisait semblant de cogner et je faisais semblant d’avoir mal. Nous avons bien ri.

Je ne me doutais pas que ce jeu deviendrait réalité quelques temps plus tard...

v19

C’était un soir de printemps. Par le vitrail du salon, où je révisais mollement pour le bac, je l’ai vu arriver. Mes grands-parents étaient dans leur chambre. Sans les alerter (j’avais peur de la réaction de Patrizio s’il le voyait), j’ai bondi hors de mon fauteuil et je me suis allé me planter devant lui.

- Qu’est-ce que tu fais là, Tybalt Capuleti ? ai-je maugréé.

Je me suis retenu de dire que cela faisait bien longtemps qu’on n’avait pas vu un Capuleti par ici. Ce qui était faux. Juliette était en cet instant avec Roméo. Je les avais aperçus sous le palmier, au loin, au bout de l’allée. Mais elle ne comptait pas puisque sa présence était un secret.

v20

- Tu sais bien pourquoi je suis là, dit-il. Ma sœur fricote avec ton frère. Je les ai vus.

Ouch ! Il avait dit ça d’un ton de mauvais augure, avec son air des mauvais jours, le seul qu’on lui connaissait, parce que celui des bons jours, personne n’y avait jamais eu droit.

- Sans blague ? T’as une sœur, toi ? On ne la connaît pas, ici, on ne l’a jamais vue. A quoi elle ressemble, mmm ? Si elle aussi sympa et souriante que toi, mon vieux, ça m’étonnerait beaucoup que Roméo s’intéresse à elle.

- Arrête ton cirque, Montecchi. Tu sais bien que c’est la vérité et que Juliette est ici. Je l’ai suivie depuis notre manoir, je l’ai guettée et je l’ai vue avec ton frère.

- Oh le vilain. C’est pas bien d’espionner les gens. Tu devrais faire agent secret ! En attendant, et à supposer que ce soit vrai, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Il ne va pas la bouffer, ta frangine. On n’est plus au Moyen-Âge, ni à l’époque de Shakespeare, de nos jours les filles sortent avec qui elles veulent, ok ?

- Non. Pas avec un Montecchi. Pas question. Vous n’êtes que de la racaille malfaisante et…

Posté par ca_mi_phi à 19:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

v211

- Quoi ? De la racaille, nous ? D’où tu sors ça ? Et puis tu t’es pas regardé avec ta tronche de bouledogue et ton masque rouge ? Où tu te crois, dis ? En plein carnaval ? Au mois de juin ? Et puis de quel droit tu te permets de venir me défier chez moi, devant ma porte ? Je commence à comprendre pourquoi ma famille déteste la tienne ! S’ils sont tous comme toi, comment faire autrement ?

- Quoi ? Tu veux la bagarre, c’est ça ?

- C’est toi qui la veux ! Avoue que tu n’es venu que pour ça !

- Et comment ! Je vais me faire plaisir de te rabattre le caquet !

- Essaie un peu pour voir !

v22

Alors on s’est battus. Ça devait arriver. Si nous avions eu dix ans de plus, peut-être aurais-je eu la sagesse de chercher à calmer le jeu mais ça ne m’est même pas venu à l’esprit. J’étais jeune, vif, j’avais l’enthousiasme et l’énergie de mon signe de feu, le Sagittaire. Qui n’en aurait pas fait autant à ma place, ne fût-ce que pour protéger mon frère que je savais juste là, à côté, avec sa Juliette ?

v24

 

Le combat tira Roméo et de son rendez-vous galant et clandestin. Aussitôt, il accourut de son palmier, abandonnant Juju. Puis Isabella arriva elle aussi, alertée par l’agitation, les éclats de voix. Je l’entends encore nous crier de cesser la bagarre. Elle était affolée.

- Mama mia ! Mercutio ! ça suffit ! Voyons, tu vas te blesser ! C’est indigne de toi !

Au départ, elle ne savait même pas qui je me battais, elle n’avait jamais vu Tybalt d’assez près avant ce soir-là pour le reconnaître. C’est Roméo qui a l’en informa en criant :

- Merde ! Tybalt ! Qu’est-ce qu’il fout là ?

En un éclair, il avait compris la raison de notre bagarre. Sa liaison avec Juliette, évidemment. En lui, l’angoisse que son secret soit découvert le disputait maintenant à celle qu’il ressentait pour moi pendant le combat !

Juliette accourut elle aussi. En voyant son frère aux prises avec moi, elle poussa un cri d’effroi. Me connaissant mal, elle ne savait pas si j’étais ou non capable de le battre. Mais pour avoir déjà vu Tybalt se battre, auparavant, elle savait de quoi lui était capable. C’était un jeune cogneur dont la violence pouvait faire mal. Ça oui, les coups, je les ai sentis.

Mais j’ai répliqué autant que j’ai pu, pour l’honneur de Montecchi, pour Roméo, pour moi aussi, parce que j’étais chez moi, sur MON territoire !

v26

Puis ce fut Patrizio qui sortit de sa chambre et accourut pour assister à la bagarre. Son inquiétude fut aussitôt très vive. « Mon Dieu ! » répétait-il, comme s’il avait le sentiment de vivre (ou revivre) un cauchemar.


Même Titania Songedété était là ! Je ne m’en suis pas rendu compte mais c’est bien elle qu’on voit près d’Isabella. Que faisait-elle là ? Aucune idée. Titania était toujours là quand il se passait quelque chose à Véronaville. Elle était partout, connaissait tout le monde, était copine avec tout le monde. Elle savait tout. Sauf que Roméo fréquentait Juliette (ouf !).

- Mon Dieu ! C’est Tybalt ! cria-telle, affolée.

De son côté, Isabella était folle d’inquiétude.

- Allez-vous cesser, enfin ! disait-elle en pleurant.

Personne n’osait s’approcher pour tenter de nous séparer. Les coups pleuvaient de tous côtés. Au début, j’avais eu l’avantage mais à présent, je commençais à fatiguer et je sentais que je ne pourrais plus résister bien longtemps. Chaque coup aurait dû attiser ma colère et mon envie de me battre, mais je n’en pouvais plus. La rage ne suffisait plus. J’étais moins bien entraîné que Tybalt et surtout moins haineux. Cette haine qui chez lui décuplait l’énergie, lui donnait sans cesse de nouvelles forces, s’épuisait déjà chez moi. Je n’étais pas fait pour la discorde, la méchanceté. J’étais d’un naturel chaleureux et décontracté. Pas un petit caïd arrogant tel que lui. Je l’admets, malgré mon cran je n’étais pas à ma place dans cette lutte.

v27

Alors il gagna le combat. Et j’en fus si déçu que je ne pus qu’en pleurer de rage, d’amertume, de honte. Honte d’avoir failli devant tout ce monde, devant mon frère, mes grands-parents, devant Titania qui s’empresserait d’aller tout raconter, d’aller dire que Tybalt m’avait mis une raclée, devant chez moi par-dessus le marché ! Rarement je me suis senti aussi malheureux que ce soir-là. En même temps, je compris enfin ma bêtise ! Je m’étais battu, j’avais donné une bien mauvaise image de moi-même ! J’avais voulu protéger l’honneur de ma famille mais je me rendis compte qu’au contraire, en me battant comme un sauvage, j’avais terni le nom des Montecchi !

J’étais jeune, quoi ! A cet âge, tout prend de terribles proportions, tout est vécu très intensément !

Ce soir-là c’était la fin du monde, le désespoir !

Le pire, c’était Roméo. Je n’avais agi que pour lui (et avais-je eu le choix ?) mais quel mauvais exemple je venais de lui donner ! Je l’aurais détesté d’avoir fait de même ! Comment pourrait-il encore avoir la moindre admiration pour moi après ce soir-là ?

Posté par ca_mi_phi à 19:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

v28

Peu après, à table, l’ambiance ne fut pas très gaie. Nos grands-parents étaient consternés et un silence lourd plana dans la cuisine tout au long du repas. Encore sous le choc de ce qu’ils venaient de voir, Patrizio et Isabella échangeaient des regards inquiets. Ils comprenaient mal ce qui s’était passé. Ils avaient une haute opinion de moi, je faisais leur fierté par ma bonne humeur naturelle et m’avoir vu me battre comme un vulgaire petit voyou les avait beaucoup affectés.

Et puis pourquoi cette bagarre ? Pourquoi le jeune Capuleti s’était-il aventuré jusque devant chez nous ? La malédiction du passé entre nos familles allait-elle s’abattre sur les jeunes ? Les haines des générations précédentes s’étaient-elles transmises à leurs descendants ? Tout cela ravivait en Patrizio le souvenir de ses propres rancoeurs envers Consort. Et moi je me sentais coupable d’avoir détruit l’harmonie de notre vie de famille. Ma seule consolation était de voir que Roméo me lançait des regards complices et reconnaissants. Non seulement il m’avait gardé son admiration, mais il me remerciait d’avoir par ce combat détourné l’attention. Personne n’avait remarqué que Juliette et lui venaient de s’embrasser sous le palmier !

Mais de rien, mon vieux… j’ai toujours dit que je me ferais tuer pour toi s’il le fallait. Tu vois, je tiens parole, enfin presque.

v29

Après le repas, Patrizio profita de l’absence d’Isabella partie sous la douche pour avoir avec nous une discussion entre hommes.

- Alors Mercutio ? Pourquoi cette bagarre ? Cela ne te ressemble pas. Et qu’est-ce que ce Tybalt était venu faire ici ? 

J’étais de plus en plus mal à l’aise, je ne vous pas trahir Roméo que je sentais tendu près de moi. Je sentais qu’il comptait sur moi pour ne pas dire la vérité. Alors j’ai tenté d’inventer une explication. J’aurais raconté n’importe quoi pour le couvrir. Même qu’un troupeau d’éléphants roses était passé devant la maison.

- Euh… Eh bien tu sais, Tybalt est arrivé ici, tout à coup, et il s’est mis à m’insulter, comme ça, sans raison, devant la porte…

- Il t’a insulté ? Comme ça, sans raison ? Vraiment ?

- Euh… Oui… Il disait que tous les Montecchi étaient des êtres immondes. Tu penses bien que je ne pouvais pas le laisser dire sans réagir !

- Pourquoi n’es-tu pas venu me chercher ? Je lui aurais dit ma façon de penser, moi, à ce jeune abruti qui sait bien qu’il y est persona non grata par ici comme le reste de sa famille…

A ces mots Roméo eut un frisson d’angoisse, mais d’un coup d’œil rapide, je lui fis comprendre qu’il devait à tout prix se maîtriser, garder son calme. Laisse-moi faire et fais-moi confiance, disait mon regard.

v30

- Eh bien… j’ai pensé à aller te chercher ! ai-je assuré (c’était faux bien sûr) Mais avant que j’aie eu le temps de faire un pas, ce mec m’a sauté dessus. Je te jure !

Patrizio eut envie d’y croire, car ça l’arrangeait de penser que c’était Tybalt qui avait tout provoqué. Question d’orgueil. Mais le doute persista un moment encore.

- Et toi Roméo ? Où étais-tu quand la bagarre a éclaté ? Tu ne pouvais pas venir m’alerter ou les empêcher de se battre ?

- Euh… Désolé, je… j’étais au bout de l’allée, je…

Réfugié dans l’encadrement de la porte, il avait tellement la trouille que Patrizio découvre son secret avec Juliette qu’il n’arrivait pas à inventer un mensonge. Cette fois encore, je dus intervenir.

- Il discutait avec Titania qui passait dans l’allée. Tu sais comment elle est, une vraie pipelette…

Il y eut un silence. Patrizio réfléchissait, soupesait mes arguments, opposait tout cela à la réputation d’arrogant de Tybalt… Pendant ce temps, Roméo et moi n’en menions pas large. Finalement, il soupira longuement et nous accorda le bénéfice du doute.

- Bon, il est tard, allez vous coucher, tous les deux.

v31

Roméo ne se le fit pas dire deux fois. Epuisé par toutes ces émotions, il s’endormit tout de suite. Moi pas. Je n’avais pas sommeil. Devant la glace, je fis le compte de mes bleus et bosses et au fond de moi je sentis monter un désir de vengeance. J’imaginais déjà le prochain combat, que je gagnerais cette fois, et on en parlerait dans les chaumières pendant des années, on dirait qu’après ça Tybalt avait rasé les murs chaque fois qu’il entendait mon nom… Mercutio, le grand vainqueur, le héros de Véronaville… je serais celui qui avait débarrassé le quartier de cette vermine, de tous les Capuleti, vieux ou jeunes, vengé mon grand-père… !

Evidemment, Roméo, ne l’entendrait pas de cette oreille. Pour le moment, il espérait poursuivre sa liaison avec Juliette. Au fond cette fille était la cause de tous nos maux et sans elle rien n’aurait eu lieu. Je me pris à la détester et je me promis que si je croisais, cette sale gamine, je la toiserais méchamment.  Si jusque-là elle m’avait été parfaitement indifférente, désormais, elle était avant tout une Capuleti, la sœur de Tybalt. Une ennemie. Une poufiasse, dirait-on communément de nos jours. Qu’elle soit la chérie de mon frangin n’y changeait rien.  Na !

Posté par ca_mi_phi à 19:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
30/11/05

*Véronaville, l'Autre Amour Interdit*

titre_pisode2



v32

Le lendemain, je suis retourné au lycée. Cela me remettrait les idées en place même si les études et moi, ça faisait deux. Par égard pour Patrizio et son sacro-saint discours sur l’honneur de la famille (dont je comprenais maintenant le pourquoi), j’essayais de ramener des notes pas trop nulles mais, contrairement à Roméo, plutôt bon élève, je n’avais jamais été premier de la classe. Or, le bac approchait, c’était le moment ou jamais d’être sérieux !

v33

Isabella, elle, tarda à se lever ce matin-là. Du fond de son lit, elle pensait à son fils, Claudio, mon père, auquel elle avait promis sur son lit de mort de veiller sur moi… et elle m’avait vu me battre sauvagement. Avait-elle fait une erreur dans son éducation ? Qu’est-ce qui avait cloché ? L’absence du père ? «Ah, Claudio, comme tu nous manques en ce moment !»

Plus tard dans la matinée, elle décida, pour se changer les idées, d’aller faire les boutiques. Habituellement elle était assez casanière mais, ce jour-là, elle ressentait le besoin de s’aérer. Laissant Patrizio à ses exercices de culture physique, elle commanda un taxi et partit en ville.

v34

Là, dans les boutiques de la viale Strattorio, il lui sembla que tous ceux qu’elle croisait la regardaient d’un drôle d’air, y compris le garçon de caisse. Ce gars-là était l’un de mes copains. Il avait laissé tomber le lycée pour travailler. D’habitude, il était tout sourire avec Isabella mais cette fois, il semblait gêné.

v35

C’est au club vidéo où elle croisa Titania venue livrer quelques créations de son travail de monteuse qu’Isabella comprit la raison de l’attitude de ceux qu’elle croisait :
- C’est à cause du combat d’hier ! dit Titania. Tout Véronaville ne parle que de ça !! Je n’y suis pour rien, ma chère. Ici les nouvelles vont vite. Quel dommage que Mercutio se soit montré si bagarreur ! Sa réputation en a pris un coup. Je suis désolée, Isabella, mais je ne peux pas laisser Puck continuer à le fréquenter. Quel mauvais exemple pour lui ! 
- Mon Dieu, Titania, ne soyez pas si dure avec lui. Puck est son meilleur ami, il serait trop peiné de ne plus le voir. Mercutio lui-même nous a juré qu’il n’était pas à l’origine de cette bagarre.

Posté par ca_mi_phi à 16:18 - - Commentaires [2] - Permalien [#]